LA CIIIUSTOLOGIE DE CLÉMENT
monl, d'autre pari la lliéologie juive qui se dévcl()i)i)ail alors on! également eoiUribué à former Ticléc que Philon s'est l'aih^ du Logos, Tous ees diflercnls éléments se mêlent et s(> liisioniuMit dans la même conception. Celleci, send)le-t-il, n'aura aucune consistance, elle paraîtra toujours sur le point de se disloquer. L'unité organicpu^ lui fera défaut. Il n'en est rien. La notion du Logos de Philon a une remarquable solidité. Ce (|ui vu relie toutes les parties, c'est un principe. Ce principe, c'est l'idée même qui a donné naissance à la conception du Logos et à toutes les conceptions analogues qui surgissent avant et après Philon un peu |)arlout. Le Logos, c'est l'intermédiaire indispensal)lc entre Dieu et le monde. Que Philon l'appelle l'Idée des Idées, la force des forces, l'ambassadeur de Dieu, l'interprète, l'archange, le souverain sacrificateur, quel que soit le terme dont il le désigne, le caractère qu'il met en lumière dans le Logos est toujours celui d'intermédiaire. Ainsi, c'est ce caractère, inséparable du Logos, qui en détermine constamment la notion, qui en constitue le principe essentiel et qui en fait l'unité.
A première vue, l'analogie entre le Logos de Philon et le Logos de Clément est complète. Le Logos de ce dernier n'est pas moins complexe que celui de son maître. On y remarque la même diversité et la même richesse d'éléments constitutifs. Les fadeurs qui composent le Logos de Clément sont même plus nombreux. On y trouve tous ceux qui fornient le Logos de Philon dont dérive celui de Clément, mais en outre il s'enrichit de tout ce que le christianisme lui apporte. L'analogie entre les deux conce[)li()Ms semble eoiiipb'te. I']n fait, elle ne l'est pas. Elle ne peut pas l'être parce ({u'elles n'ont pas la même origine. Elles ne tirent pas leur raison d'être du même principe. Le principe qui a donné naissance au Logos de
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Philoii est d'ordre essentiellement cosmologiqiie. A quoi devait servir avant tout le Logos, dans la pensée du philosophe juif? A expliquer la formation et le gouvernement de rUnivers. Philon avait le sentiment que le platonisme qu'il mettait h la base de sa philosophie ne lui fournissait pas de moyens adéquats pour rendre compte de la création de Tunivers ni de son existence. C'est pour les avoir, qu'il imagine son Logos. Telle est la préoccupation ([ui Ta mis sur la voie de cette conception si féconde et qui se trahit dans l'élaboration de celle notion. Ce sont là soucis de philosophe et de métaphysicien.
Or, ces sortes de préoccupations sont parfaitement étrangères à Clément. Comme la plupart des philosophes parmi ses contemporains, il se soucie bien plus de morale et de religion que de métaphysique et de cosmologie. Ce qu'il réclame par dessus tout, c'est une conception qui explique comment Dieu entre et demeure en communication avec les hommes. Ce qu'il demande à la philosophie, c'est la formule des rapports entre l'humanité et Dieu. Le Logos, qui est l'intermédiaire par excellence, lui parait précisément répondre à cette préoccupation. C'est donc essentiellement en tant qu'intermédiaire entre Dieu et les hommes que Clément conçoit son Logos. Le principe qui détermine sa conception, qui la constitue et qui en relie les parties, n'est plus métaphysique; il est religieux, il est chrétien.
De cette difterence fondamentale entre le Logos de , Philon et le Logos de Clément, découle une conséquence de la plus haute importance. Tandis que la notion philonienne du Logos est parfaitement claire et précise, digne d'un philosophe et d'un métaphysicien, celle de Clément est loin d'avoir le même caractère. Toute la métaphysique de sa conception du Logos est vague, indécise, comparée
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à celle de Philou. 11 la doil du reste à celui-ci, mais loin de l'avoir transposée telle quelle dans son système d'idées, il n'en a pris que les traits qui lui convenaient et, au Tond, qui lui semblaient propres à mettre en relief le caractère qu'il voulait donner au Logos. Son Logos, c'est le Logos de Philon, mais, si l'on peut ainsi s'exprimer, à l'élat fragmentaire. Nous ne ])rétendons pas naturellement que Clément ait sciemment altéré le Logos de Philon dans le sens qui vient d'être indiqué. L'altération s'est faite en quelque sorte d'elle-même sous l'empire de préoccupations que Philon n'avait pas connues. Ce qui prouve, croyons-nous, la justesse de ces observations, c'est qu'alors que l'aspect religieux et chrétien du Logos de Clément se laisse caractériser sans peine parce que la plus grande cohésion règne dans toute cette partie de son idée du Logos, l'aspect métaphysique et proprement philonien de cette même idée se rei'use à une tractation systématique. Vouloir, à force de subtiliser sur des textes isolés, tirer de la christologie de notre auteur une notion cohérente, logique, philosophique du Logos, c'est à notre sens faire entièrement fausse roule. Mais il est temps d'entrer dans le détail et de comparer à l'aide dos textes le Loo:os de Philon et le Looos de Clément.
Comme les Idées ou forces divines dont il est le « lieu », le Logos de Philon a un double aspect. Les textes nous le représentent tantôt comme l'une de ces abstractions dont Platon peuplait le monde intelligible, tantôt comme immanent dans les choses et répandu par tout l'univers. Dans le premier cas, le Logos est l'Idée suprême, l'archétype i)ar excellence; dans le deuxième, il esl la l'orce essentielle qui fait mouvoir et vivre les choses. Ainsi se trahit sa double descendance. Le platonisme et le stoïcisme en sont également les ancêtres.
Le même dualisme se remarque dans le Logos de Clément. D'une part, notre théologien assimile expressément son Logos à l'Idée platonicienne *. 11 préexiste à toutes choses ^. Il plane au-dessus du monde. 11 se trouve même ■ au-delà du monde intelligible ^ Impossible de le reléguer plus loin dans la transcendance. Le Logos appartient au même domaine que l'Idée du bien, que Dieu lui-même. C'est une entité toute métaphysique à la façon de Platon. D'autre part, Clément ne se sert pas moins souvent de formules stoïciennes pour désigner ou définir son Logos. Il lui arrive assez fréquemment de l'appeler la « Force de Dieu '' ». Ce n'est pas seulement la formule, c'est aussi l'idée stoïcienne qu'adopte notre auteur. Dans un passage très curieux, il nous montre dans le Logos la force initiale d'où dérive tout mouvement, il est la -pwTojpyôç xw/jo-euç Suva[ji'-ç. C'est la force du Père, ouvajjn,; r^rj.-zziv.r^. Puis Clément nous la fait voir, cette force divine qui est celle de Dieu même, descendant l'échelle des êtres tant célestes que terrestres, et parvenant jusqu'au degré le plus infime, p^sypl toù a'.xpo-:à-ou '. Ailleurs, il nous représente le Logos comme s'étendant en quelque sorte du centre de l'univers jusqu'aux extrémités ^ C'est l'idée
1. V, StrODi., 16 : fj Si loéca Èvvor,[Aa toj Ôeo'j, o--p oi [3âp6apoi Ào'yov slpr[y.aa'. -où ôsoO ; VU, Stroiii., 5 : il est oXo; voOç.
2. Protrept., 1 :... xoij èv àp/rj ovxo; xai -poo'vToç Àoyoo.
3. V, Strom.^ 38 ; 6 y.ûpio; O-^pâvo toj /'.o'3;j.oj -avToç, [j.àÀÀov oi ïr.iv.ivi'x Tou vorjxoEi.
4. VI, Strom., 47; V, Sfroiii.. 6 : ouvaai; te au TrayxpaTTi; /.aï tw ovit Ôeîa I, Strom., 100.
5. VII, Strom., 8 cl 9. Ce qui prouve bien cjuc l'idée stoïcienne est au fond de cette description de l'extension de la 8jva;jii; tzcl-ov/J,, c'est la comparaison de 9 : w; oùv au^xwcîTai /.al [xiy.poiâTr) atSrjpou aoîpa xw x^; 'Hpa- /.Xsîa; X!6o'j (aimant) rveûixaTt (terme essentiellement stoïcien dans ce sens), 8tà TCoXXwv xûv (Ti5r]pcov IxxsivoijLévfo 5axx'jX!fj>v
6. Protrept., 5 : xaî or] xô àa[i.a xô àx/Jpaxov (celui du Logos)... à7:o xwv
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iiiriiu» (le l)i(Mi imiiuuKMil dans le iiioiule. ('.(iinmc iMiiloii cl à I imilalioii de l'Iiiloii, ( dcnienl siihsiiliic le liO<;'<)s ;i |)i(Mi; (• (>sl le lj()i;()s, ce iTost j)liis Dion, coiiiiiic Je voiilail le stoïcisiiio. (|iii osl répandu dans l'univers. Aussi 1res l()i;i(|uenienl il repiéscnle son Lo^os eonune présent partout à la lois. l-]n verlu de sa nature d'essence platoniciiMine el (Mi inèin(> leui|)s de sa faculté toute stoïcienne de se répandre partout et de sinsinuer en toutes choses, il pénètre juscpTau fond de nos ànies et y découvre les pensées secrèles '. Enlin, et c'est un trait bien stoïcien, Clément nous représente le Logos, force de Dieu, comme le centre vers lequel convergent toutes les forces divines éparses; c'est lui qui en constitue l'unité ^
Ainsi en soi le Logos de Clément ne dillere pas de celui de Philon. Sur un autre j)oint encore, nos deux auteurs se rapprochent. C'est dans la manière dont ils conçoivent le rôle cosmologique du Logos. Philon a développé dans son traité De Opificio Mundi une théorie de la formation du monde (jui attribue au Logos la fonction principale. Philon ailirme l'existence d'un monde idéal qui est tout ensemble le modèle et la cause du monde visible. Les Idées éternelles qui constituent le monde idéal sont à la fois les archétypes des choses visibles et les forces actives qui les créent. Ce sont elles qui établissent l'ordre au milieu des éléments, organisent l'univers et y entretiennent la vie. Le Logos, qui est la
u.iaojv Èrl "à -épata /.al à-o twv a/.p'ov cri Ta ;j.£aa oiaraOîv. ("(.■ (ItM'iiici- (craie rappelle le -o;o; des stoïciens, la lensioii de la toree divine, du feu primordial, à ti-avers les choses.
1. VII, Stroiii., 5. Ton! le |iassat;e : ajTr, f, |j.£Y'!aTrj ojvâ'j.îu Ipijvwv.
2. IV, Stroni., 15(i : ràiai nï ai OJvâ[/.£'.; toù 7:v£'jjj.aTo; TwiXXrJ^Jôi)v ;jiv Êv Ti ::pàY!J-a Y'^^V*''^'- 'JjviEXojaiv v.i -o aùio tov -jiov, ànapîiJ.tpato; hi Èaf. Tf,ç nepi lxxî"r){ aJTO "cùjv ^j/xij.1'oj Ij/o'.%:, etc. Il est un xJxXo; naatûv tûv Ôuvâ[xêtav.
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plus haute des Idées et qui les résume toutes, possède aussi ce double caractère. 11 est le modèle ou archétype des choses et en même temps l'organe créateur de Dieu. Tel est, dans ses grandes lignes, le rôle cosmologique du Logos de Philon.
De cette conception il ne reste que des fragments dans la conception correspondante de Clément. Comme celui de Philon, le Logos de notre auteur est Torgane créateur de Dieu : 6 jxèv Gsoq Xôyoi Ta iiàvTa or^^io'jp'^zl. Clément Tappelle fréquemment le créateur ^ C'est lui qui a organisé l'univers ; il a introduit Tordre et Tharmonie dans le chaos des éléments ; il a assigné à la mer ses bornes, il a donné à la terre sa solidité \ C'est lui qui gouverne l'univers. 11 en est en quelque sorte le pilote '. Les anges et les dieux lui sont soumis \ 11 est en particulier le créateur de l'homme •'. Il est l'archétype de l'homme. Celui-ci est son image ^ Il prend soin et du corps et de l'àme ^.
On le voit, dans ses traits essentiels, le Logos de Clément reproduit celui de Philon. Il ne manque à la conception de notre auteur ([ue la rigueur systématique de celle de son maître.
On se demande si le Logos, dans la pensée de Philon, est un simple attribut de Dieu ou une personne indépendante de Dieu. Les avis sont très partagés. Les textes ne