I.V CltniSTOLOGlE DE CLEMENT
laMo |)al(Miiilo el de l'idée du TjOoos et de riiilori)i'élali(>ii alleooi-i(|ne. 11 a vu lanl pour TiiMe (|ue pour l'aiilre des précurseurs, mais c'esl lui (pii a donné à la conception du Logos comme à la niélhodo allégorique leur forme définilive, leur éclat et leur coiisécralion. Dans tout le reste, cosmologie, idée de Dieu, morale, il n'a rien (jui n'a|)parlienne qu'à lui, qu'on ne retrouve chez les platoniciens, néopylhagoriciens ou stoïciens de son temps ou du siècle suivant, et que ceux-ci n'aient exprimé, soit en termes à peu près identiques, soit même avec })lus de force. La restriction que nous venons de formuler est importante, car elle i)crmet de savoir sur (jucls j)oinls précis Clément est dépendant de Pliilon.
Ce que notre catéchète a reçu directement de Philon, c'est d'abord la méthode exégétique, et ensuite l'idée du Logos. A ce double point de vue. Clément lui est absolument tributaire. M. Siegfried, dans son livre devenu classique sur Philon d'Alexandrie, en a donné des preuves abondantes '. Nous avons fait remarquer, dans un chapitre précédent, combien grande est la dette de notre théologien en ce qui concerne l'allégorie. 11 y a tel chapitre des Sli'oiuates où les allégories de Philon se suivent presque mot à mot sans interruption ". Nous allons le voir. Clément est redeval)le à Philon, presque dans la même mesure, de toute la métaphysique (|ue contient sa chrislologie.
Ce n'est pas seulement à ce double point de vue ((ue l'on remarque des concordances fra})panles il'idées et de langage entre Philon et Clément. 11 y en a beaucouj) dau-
1. C. Siegfried, l'hilo von Ale.randvia ah Juslcf^er des Allen Tcslauienls. Icna, 1875, p. :i'i3 à IJoI.
2. Xolaiiiincnl II. Slroiii , cliapil l'c wiii. \iùf les amiolalions de l'nncr.
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1res. M. Siegfried les a notées avec un soin niiniiliciix. Les idées de Dieu, la cosmologie, rantlii'oj)ologie, la morale offrent entre les deux auteurs de nombreuses analogies. Ce {(ue Ton ne remar(|ue peut-être pas assez, c'est qu'en dehors des deux points que nous avons spécifiés, Tinfluence que Philon exerce sur notre auteur n'a rien de spécial et d'exclusif. Elle ne fait que renforcer ou grossir celle que toute la philosophie contemporaine a eue sur Clément. Dans certains domaines, elle est même tout à fait à l'arrière-plan. Ainsi, comme nous l'avons vu, dans la théologie proprement dite, c'est Platon qui a été le maître par excellence de notre catéchète. La preuve en est qu'alors c[ue, dans la conception philonicnne de Dieu, il y a en même temps que du platonisme un apport d'idées stoïciennes, il n'y a dans l'idée que Clément se fait de Dieu aucune trace de stoïcisme '. De même dans la morale, nous le verrons, ce n'est pas de Philon (pi'il dépend, c'est, par tout le côté non chrétien de cette morale, principalement du stoïcisme qu'il est tributaire.
^laintenant que nous avons délimité l'influence que le philonisme a directement et par lui-même exercée sur Clément, interrogeons tout d'abord notre auteur sur sa conception du Logos. Il suflira de la comparer avec celle de son maître Philon pour voir à quel point elle est peu originale.
Le Logos de Philon est la conception la plus complexe qui se puisse imaginer ^ Elle se compose des éléments les plus hétérogènes. Le platonisme et le stoïcisme ont fourni l'apport principal; mais d'une part l'Ancien Testa-
1. Siegfried, oia'rage cité, p. 205. Voir \c De Opificio mundi, cli.ii.
2. Siegfried, ouvrage cité, p. 221-229. Zeller, Geschichte der Philos, der Griech., 3' partie, \P vol., p. 370 à 38J ; Ileinze, otivr. cité, p. 20't el suivantes.