‹ Clément d'AlexandrieChapitre 127 sur 149 · Protrept., 6, J · texte numérisé non relu

Protrept., 6, J

2. Nous avons dit que, pour Clément comme pour les cluëliens du ii« siècle, la grâce de Dieu s'épuisait tout entière dans le baptême. Elle semble sans emploi dans le reste de la vie chrétienne. D'une manière générale, cela est vrai. Il y a une tendance marquée à en venir à cette conception. Cependant Clément lui-même n'a pas été toujours conséquent ; le sentiment chrétien et paulinien se faisait jour jjarfois. Ainsi

V, Strom., 1 : Bst 8è x/iv YVf>jar,v uyirj y.s/.xrjaOai rpôç t7)v ÔTjpav toù xaXoO'

T.oQi 0-io aâXtaTa xfj; Oîia; yf.f|Ço;A£v yâpixo;. Dans V, Strom., 83, on lit : tXt\v oj /(xpixo? av€u... TûXEpo'JTai. . . rj ({/J/rJ. Dans III, Strom., ïil , où il parle du devoir de râyy.pâxj'.a, il dit : XaSsîv Sî aXXw; ojx È'axt xtjv £Yxpâx£tav xaûxrjv T- yoîp'.xi xou 6£ou.

L\ CHIUSTOLOGIK T)E CLKMENT 271

nuMil. l'oiir lui, ccWr (riivrc est synonyme tréchu'ation nu)r;il(^ '. Aussi ;i|)|)rllc-l-il Ir I.()li,(>s un [XHlagogiie. Concovoir ainsi \c Clu'isl et son (ruvre, c'est se placer à un poinl (le vue élranger au christianisme du IP siècle. Sans cloule. on abondait alors en exhortations morales; on insistait sur la sanclilicalion ; il y avait lati'nle dans toute cette parénélique la présupposition (pie le chrétien doit se développer et s'améliorer. ^lais de là à se représenter le Christ Taisant progressivement l'éducation des chrétiens, leur apprenant successivement les vertus chrétiennes, les dressant par un art savant à un certain genre de vie, il y avait loin. C'était là un point de vue d'importation étrangère. Nous l'avons déjà dit, l'idée même de l'éducation est essentiellement grecque.

Concluons. Ce qu'il 3' a de spécifiquement chrétien dans l'idée que Clément se fait du Christ, c'est d'abord de lui avoir assigné la place d'honneur dans son enseignement et dans sa conception générale. Dans le système de Philon, l'idée du Logos est capitale. Dans la théologie de Clément, la christologie est la chose essentielle; elle est le centre ; c'est d'elle que cette théologie reçoit son caractère. Le Christ occupe dans la pensée de Clément, la même place que dans sa piété. Mais est-ce tout? Xon assurément, puisque, comme nous avons essayé de le montrer, on retrouve dans la christologie de notre auteur, le christianisme populaire de son temps. Voilà le fondement sur lequel elle repose.

On a remarqué sans doute que c'est moins sur la personne du Christ ([ue sur son (ruvre (pie se constate l'ac-

1. Pai'dag., 1,6 : kativ ouv 6 ::ai8ay'.)Yo; f,[Aàiv Àoyo; oià -apaiviiîwv Ospa- -iJ-'.Y.hi Twv -api 9J11V Tfjç '|u/r,; raOojv. Voyez encore la Hu du pai-agraphe, elpassim parlotit.

cord entre notre théologien et les simples fidèles. Cela était naturel. En effet, tandis ({ue, dans l'Eglise du ii^ siècle, on avait sur l'œuvre du Christ des idées en somme arrêtées, on était loin d'être également au clair sur sa personne, sa nature, ses rapports avec Dieu. Sur ce point, les opinions étaient très vagues et même contradictoires *. C'était là en quelque sorte un domaine inexploré et inoccupé par la réflexion chrétienne. Essentiellement pratique, elle s'en tenait à ce que le Christ avait accompli plutôt qu'elle ne se préoccupait de ce qu'il avait pu être dans son essence intime. C'est par cette fissure, si l'on peut ainsi s'exprimer, que s'est faite la première infiltration de la pensée grecque. Clément plus spéculatif que le grand nombre, éprouva un besoin impérieux de combler ce qui lui semblait une lacune. C'est ainsi qu'il en vint à élaborer une conception de la personne du Christ composée de traits empruntés à l'idée philonienne du Logos. Le résultat inévitable devait être de donner au Christ un caractère d'abstraction qui lui enlevait ou tendait à lui enlever sa réalité . C'est ce qui à fait accuser Clément de docétisme. Quoi qu'on en ait dit, le reproche était fondé. A tout le moins pouvait-on dire que Clément tendait au docétisme. Ainsi il y a des textes qui aflirment très nettement que Jésus n'a pas souft'ert ^ On en cite d'autres qui

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