‹ Clément d'AlexandrieChapitre 149 sur 149 · Il, Paedafi. 9'i ; 52, III, PaoïUtg. 'il · texte numérisé non relu

Il, Paedafi. 9'i ; 52, III, PaoïUtg. 'il

.'!. I*. 'i8() : In iingleirh hohorem Grade (ils die Vihriiien IHirhev liildet dds III Itiir/i eiii Mclhststiindii^^es dnnzes.

et que lorsqu'il trailail dans les Strouiales de la morale, de rr.Oi-xôi; Xo^o; coiiinie il l'appelle, il ait trouvé commode d'y insérer, à litre de III^ Stromate, ce traité de la tempérance?

De cette manière s'expliquerait le fait que la tradition mentionne un traité à part irsp'. l^y.poL~.doL;, que Clément lui-même ait pu le citer comme tel dans son Pédagogue, et que cependant ce traité soit à identifier finalement avec le III« Stromate. Je ne pense pas que l'on puisse contester que les choses aient pu se passer comme je le suppose. Dès lors les conclusions que. M. Ileusi tire des passages du Pédagogue n'ont que la valeur d'une hypothèse.

Si d'autre part, on aies raisons les plus sérieuses de croire que le plan de composition que nous attribuons à Clément est bien celui qu'il a conçu et qu'il a en grande partie réalisé, il ne peut suffire d'une hypothèse pour que notre thèse soit déclarée d'emblée inadmissible *.

L'essentiel de la critique de M. Heusi se ramène à un point. Il veut absolument que les Stromates soient un écrit dogmatique. C'est le « Didascale » que Clément se proposait de donner comme conclusion à son grand ouvrage. Telle a été l'opinion courante jusqu'à présent. Au fond M. H. défend la tradition contre une hypothèse qui n'en tient aucun compte.

Qu'on me permette de remettre sous les yeux du lecteur les principaux textes sur lesquels je fonde mon explication de la composition du grand ouvrage de Clément,

Nous avons d'abord le premier chapitre du Pédagogue (livre P"").

1. M. Heusi m'accuse de ne pas apprécier à sa juste valeur le talent littéraire de Clément. Je crois, cependant, lui avoir rendu pleine justice. Qu'on veuille bien se reporter à l'analyse que j'ai faite du Protrcplicus. Mais si sincère que soit mon admiration pour les belles pages de Clément, cela ne doit pas m'empècher d'être sensible à ses défauts d'écrivain. 11 est certain que les Stromates sont un ouvrage indigeste et mal composé. Il contient des pages admirables, mais trop souvent, elles sont noyées dans de longues digressions pédanlesques et verbeuses. Mon critique, avec une bonne foi qui l'honore, rappelle un jugement de Lessing sur les Stromates encore moins indulgent que le mien. Je pense que ce giand écrivain se connaissait en matière de goût littéraire.

APrPENDTCES 343

Aviuil (l'alxii-dcr l;i iiialirr(> ch^ cet écrit, Clciiiciil lient à marquer avec iusislaiice le lien ciiii le raltaclie cl à celui (Hi'il vieiil d'acliever, le Prtiti'cpiiciis, cl à un auli'C écrit qu'il annonce, mais dont il donne elaircnuMil à entendre qu'il n'est j)as encore conq)osé. Il eoinnienoc donc par caractériser le Protrepticus et en niènic temps le Pédagogue. Il faudrait relever les teruies mêmes dont Clément se s(M't ici [)our i'aiiH- consialer la précision avec hupudlc il définit et le Protrepticus (piil vient d'achever et le Pédagogue qu'il va entreprendre. Assurément il ne le lait pas sans dé])Ioyer cette subtilité de distinctions verbales (ju'il tient de l'école, mais au moins dit-il très clairement quel est le but de l'un et de l'autre traité. Le Protrepticus doit arracher les âmes aux habitudes et coutumes religieuses du paganisme. Il doit poser le fondement, xpTjTi'ç àXTjôet'a; ; âyiou Veto ixi^(iXo'j OîO'j OeijlsX'.o^; ÔTipo-pZTZZ'.y.o^z'Urjyzv -rà t,'Oï) aùtoô (àvOpw- Tcou), Oîoj£[3î(xç y.'xf)r,'(Zin!yr, ô yoùv oùoavtOs ■f^Y^l^tiôv, ô Xô^^o^^ OTTVivîy.a [i.£v E'.ç atoTr^ptav Trapî/.âXît ■Kpo-pm'iY.o^ ovojjta aùxto rjv... Il reste maintenant (v'jv; 0£...) à former, discipliner, corriger, guérir les âmes qui ont été attirées au christianisme. C'est la tâche du Pédagogue. Ainsi les deux premières fonctions du Logos sont exclusivement pratiques. Clément le répète plusieurs fois : « Le but du Pédagogue est de rendre l'àmc meilleure, non de l'instruire, d'être le maître d'une vie de tempérance, non de science. »

Enfin, dans le dernier paragraphe de ce chapili-e, Clément nous apjireiid cpu' le Logos a une troisième fonction à remplir. C'est d'être 0'.oaTy.aX'.-/'.ô;, didactique. Mais, ajoute-t-il avec une grande force, avant d'aborder la science, il faut être entièrement guéri, c'està-dire ])urgé de tout levain de vie païenne. Alors (eTxa) seulement on aura « besoin du maître ». Ainsi le Logos l'ail Iranchir à l'àmc trois étapes, TipoToiiKov avwOev, ï-khiol TratoaYWjjiiov, lr.\ -ôctiv Èxôtoâaxcov.

Se peut-il rien de plus clair.' N'est-il pas évident que ClénuMit se propose de composer un (innimuc ipii aura trois parlics? (]e sera une vaste trilogie dont le Logos sera le poète. La ])remière partie est achevée. C"(>st le Protrepticus. Il cornmeuce la seccuide, c'est le Pédagogue La Iroisième partie n'es! (pi'à r{'lal de pro|et . Ce sera un ouvi'age didaclicpie. Il s'iiililnh-ra le Didascale ou Maître.

Tonte la (|Meslion est dr savoir si les Siromates sont cette Iroi-

344 CLKMRNT p'aLKXANDRIE

sièmc partie. On m'acfordera bien <jue j'ai démontré que cet écrit ne répond ni par son tilre ni par son conlenu à ce ({ue Clément nous promet ici. Il laiil un véritable parti pris pour reconnaître le « Didascale » ou Maître dans les Slromates.

Mais cpie les textes répondent à ma place.

Au début du IV Stromate, Clément, ( raif^nant sans doute (pic son lecteur ne perde palience, le reiiseii^iie sui' ses intentions. 11 trace le ]irograniiiie (|n"il se propose de suivre. Dans un premier parao-raphe, il énuiijrr<' avec la plus j^-rande précision les matières (|\ril Na Iciiler et (|iril a en ell'el Irailces jus([u"à la lin du YII" Stromate. Il semble s'être imaginé (pi'il épuiserait ces matières en un seul volume *. Puis au paragrapbe suivant, il esquisse l'étude qu'i'l devait faire ensuite pour être com])let. Enfin dans le troisième paragraphe, il annonce, (pi'une lois dç!)ari'assé des sujets qu'il a énumérés, il pourra iniliei- son lecteur à ces doctrines, à ce haut enseignement chrétien (piil a tant de fois fait miroitera ses yeux. Le lecteur sera enlin dùnienl préparé, moralement en état de recevoir cet enseignement.

Il ne peut y avoir de doute siii' le sens de ce dernier paragraphe. Clément dit que « loi-sque son dessein aura été pleinement achevé « dans les Stromates », c'est-à-dire lors((ue les Stromates auront épuisé les matières qu'il vient de mentionner, alors, tôte, il abordera -y;;-'";j VI-'. YvoiTTixTiV cp'jj'.oXoYÎav. Il explique lui-même ce qu'il entend par cette o'jt'.''j).oyÎ7.. C'est une science — on remarquera qu'il la considère comme une contemplation mystique zr.o-iiioL — qui embrasse à la fois la cosmogonie et la théologie. C'est un système complet. C'est le haut enseignement clu'étien. Ce sont xà ixi-^'j.},y. [x-xTTr^pta. Tout ce qui a précédé, donc les Stromates, n'a été qu'une jiréparation à cette science vraiment gnostique : -oàây, y^? '^ '^'^''' TïpoXiYEaO-/'. oc.£'.Ào[j.£vwv -zf^^ àlrJii'.T.; rtvi-r/.f^ — -poo;aT£-:'j7rco;j.ivwv -.wi

I. Prévenons ici une confusion. La phrase -/.ix-J. ~) ^'t to'j ~ooo'.;jl(oj £'.7pO- Ày,v VI vi\ 7:ooO=;jivoj; -ù.vm'sv.'i 'j-oav r^J.aT•. s'applique aux Slromates en enliei'. Clément rappelle (|uil avail dit dans sa pi-éfacc qull pensait qu'un Slronial.' suffirait. C'est la phrase siiivaiile qui nous paraît indiquer que railleur pense achever le programme du l'-"'' .^ en un volume : i.— • tojto;^

APPKNUICES

TToo'(a-:opT,Of|Vat xa; T:apaooOf,vai osoviti)-/. dette suprême science, il la réserve ])onr ravciiir. Le livre (lui la conlieiulra n'est pas encore écrit, àÀXi y^? "^^ !-"•-'' Y^ypâ"]''"^- V' '^-''^•î "(^ eôéXTj.

Qu'est-ce (pie cette science supérieure qu'on nous promet? Quel est l'ouvrage qui réponil à ce signalement? Ce ne peut être que ce l)i(lascal(> ou Mafti-e (|ue (llément annonçait au déhul du Pédagogue. Or lors(pu' m)lre auteur trace ce vaste plan au commencement de son IV^ Siromale, cet écrit est encore à l'état de projet. D'après les propres iléclaralions de Clément, il ne pourra l'aborder que lorsqu'il aura épuisé toutes les matières énumérées dans les deux premiers paragraphes.

Au début du VI*" Stromale, notre auteur ra})})clle son programme et annonce qu'il va en poursuivre l'achèvement. 11 déclare une fois déplus qu'il remet à plus tard la tractation dogmatique '. Enfin nous ne le trouvons pas |)lus avancé au VII'' Stromate. Le Didascalc est toujours à venir. « Mon propos, dit-il, en ce moment est de « dépeindre la vie du gnostiquc et non d'exposer le système des « doctrines ; je le ferai plus tard au moment convenable ; je respec- « terai ainsi la suite des sujets ^ ». Enfin au moment de clore son VII* Stromate, il dit qu'ayant achevé cette partie, la description de la vie gnostique, il va renqilir sa promesse : tojtwv T|;jlTv 7rpooir,vj(T;jL£-

\'oiIà les textes essentiels sur lesquels nous fondons notre explication de la conq)Osition du grand ouvrage de Clément. Nous ne parvenons pas à voir qu'ils soient susceptibles d'une autre interprétation. Il nous scmi)le qu'il en ressort clairement cpie lorsque Clément achevait son dernier Stromate, il avait encore à éci-ire le Didascale. Les Slromates ne sont donc ])as l'ouvrage d()gmaliqu(< qu'il avait annoncé et ]iromis •' .

1. VI, Slioni.,H, 'i : -T.'j-'x (xà [ji'jTxr^pia) [jl'iv î>7rcpTtO£|jiat S'.aaacp/.dEtv, ÔT:///'V.a av xà Tzzpl àpywj xoT; "KXXT,aiv e'.pT,[jLiva èTt'Iovxe; o'.£XéYy<'>|J-£V Tf,aO£ Y^p ïTcTOa'. xr,î Oîojpîa; ït'.oî(;o[A£v xat xà [jL'jj-.r'p'.a.

2. M. Mayor dans rédiliou du VII'' Slrom. de IlorI {\W2) (ju il a |)ul)lico interprèle ce passa^çc connue nous. Voir la note ad Inciini.

'<]. C'osI réluilc de ces textes qui m'a suggéré mon hypothèse el c'est ensuite à la lumière de rette hypothèse que j'ai cru conq)rcndre que les

346 CLKMEiST d'Alexandrie

Mais si les Slromates ne sont |)as le liail('' dogmatique qui devait ronronner son gi'and (luvcaf^c, s'ils ne sont (^l'un écrit préparatoire (|ne Clémenl n'a jii'^r ni'cessaire (pTan moment d'écrire le ])idascale, j)Our(pioi ce livre a-l-il de lelles dimensions? Ponrcinoi Cléni(>nl ne parvient-il jamais à s'en détacher? Plus il approclie du moment où il devrait enfin nous donner son Didascale et plus il sem])le hésiter.

Je crois qu'il n'est pas difficile d'en donner les raisons. Il est cei-tain que Clément n'avait aucunement l'intention de grossir à ce ])()int ses Stromates. Il croyait d'abord qu'il lui suffirait d'un seul Stroniate '. Personne n'est plus étonné que lui, de voir les Slromates succéder aux Stromates. Ajoutez que notre auteur n'a pas mis la dernière main à son ouvrage. Il savait composer un livre, il l'a prouvé. Mais il s'est vu débordé. S'il en avait eu le temps, il aurait peut-être dégrossi et allégé son ébauche.

Ces raisons ne sont pas sans valeur, mais j'en aperçois de plus j)rofondes. J'ose dire qu'il est hors de doute que Clément est avant tout moraliste et pédagogue. La morale et les discussions <pi'elle soulève occupent les deux tiers de son ouvrage. C'est ce (pie M. Heusi semble entièrement méconnaître. Clément est par vocation un éducateur d'àmes. La conception même de son grand ouvrage est d'un homme uniquement préoccupé de former, discipliner, éduquer les caractères. Il n'est pas dogmaticien. Quand on l'est par tempérament, on fait comme Origène qui donne son De pvincipii^ avant quarante ans ; on n'attend pas, comme Clément, d'élre à la fin de sa carrière. Encore n'a-t-il jamais pu se décider à faire œuvre de dogmaticien, c'est-à-dire, à formuler et systématiser sa théologie.

nondjrciix passages dans lesquels Cléincal renvoie son leclcui" apparcmnicnl à un ti-ailé qri'il se propose d'écrire, nous renvoient en réalité aux cliapiti'cs an Didascale qu'il espère écrire un jour. Ce ne sont pas ces passages qui consliluent pour moi, comme le pense M. Heusi, un argument en faveur de ma llièse. L'explication que j'en donne n'est qu'une sinqile conséquence de ma thèse. J'aurais préféré qu il eût discuté à fond les textes essentiels.

1. IV, Strom., I, 1 : èv vn -ooOsiJiévo'j; tîXî'.cots'.v 'j-ojj.v/^i.a':;.

APPRNPICES

yri

Personne ne sentait plus (|nc lui la niM'cssilr de coiironiu'r son œuvre par une gnose, mais il n'a pu s'y résoudre laule île |)ouvoir.

Kl telte gnose «pielle idée s'en lail-il'.' Poui' lui eoninie pour tous les hommes élevés en ee siècle à l'école de l^lalon, comme ))onr Origèue et Plotin, la gnose est je ne sais quelle entité transcendante (pii plane l)ien haut dans le monde iiivisilde. lia pour elle les sentiments d'un mystique. Il irimaginc pas que la sinq)le raison puisse rend)rasser ou même l'atteindre. Il y l'ant la contemplation, l'Èro— £Îa. ^'oilà pourquoi il exige de son gnosti([ue une si longue pi'éparalion. Poui- étr(> en étal de contenq)Ier la vérité, il faut subir une laborieuse initiation. (Comment un discij)le qui vient à peine d'être purgé du vieux levain de paganisme par les soins du Pédagogue serait-il déjà en état délre admis aux suprêmes mystères ':' Les conseils, les exhortations, les direclions des Stromales sont indispensables. Clément, à vi'ai dire, ne send)le pas très sûr de lui-même. Au moment d'étrcindre la Vérité, il a l'air de reculer. Assurémenl s'il avait eu le génie perçant et hardi d'Origène, il n'aurait pas tant hésité ; il ne se serait pas si longtemps attardé à la porte du sanctuaire. Au fond s'il n'a pas écrit le « Didascale », c'est (pic 1 audace lui a maïupié; si les Stromales se soûl ajoutés aux Slnuualcs, ("est que cela lui permettait d'ajourner une échéance i-edoutablc.

D'où vient quen général on prenne les Stromates piuir un ouvrage dogmatiipie et (pi'on v voie le traité annoncé et promis par Clément dans son Pédagogue? C'est que les Stromales donnent l'impression d'être l'o'uvre d'un inlellectualisle. Les discussions subtiles y abondent, les distinctions verbales foisonnent. On se ligure ([lie l'on a all'aire à un scoIasli(pie, à un dogmalicieii, à un logicien. C'est là, nous le répétons, une idée erronée. Sans doute il se lrouv(^ dans cet écrit une foule de pages cpii sei-aienl mieux à leur place dans un Irailc' couiiiic le /)c /;/7'//c//>//.s- d'( h-igèue . Ou \w doit pas pour cela mécouuailrc \r \ i-ai caractère de Clémcul. Il csl dans les Stromates comme partout ailleui's avant loul éducateur cl moraliste. D'ailleurs lui-même n'ignore pas ipiil y a dans les Stromates des fragmeuls (rcuscigiicmcul plus dogmaliipie. Il s'en excuse en disant ([ue dans ces endroits, il s'exprime de manière à n'être conq)ris (pn> d'un jx'lil nond>re d'initiés. Pour les autres ses demi-

348 CLKMENT d'aLEXANDHIE

rôvrialions no sont f|iic des ('■niji;iiios l)()nnes tout au plus à les cxcilci'à en clicrcliei- le sens '. Ce mol à lui seul prouve ((uc Gléiiieiil prrvoil (pic (Tauti-cs que des <( trnosticpies » le liront. Si les Stromates étaient le J)idascalc, il se serait exprimé plus clairement mais il aurait réservé cet ouvrage aux chrétiens les plus avancés.

Songe-t-on aux conséquences de l'erreur qui fait que l'on identifie le Didascale avec les Stromates ?

On est forcément amené à effacer la triple distinction que Clément fait parmi les chrétiens. D'après lui, il y a le simple croyant, j)uis (■(•lui (pii aspire ù la fois à plus de perfcclioa morale et à plus de gnose; il y aenlin le gnoslique. C'est le parfait chrétien. 11 yen a eu ici-bas, d'après GlénuMit, quelques rares exemplaires. Tels les ap(')trcs. Le vrai gnostique est déjà un dieu. Soutenez que les Stromates ne devaient pas être suivis d'un Didascale, qu'il ne devait pas y avoir un traité à l'usage des chrétiens arrivés au suprême degré, vous prétendrez nécessairement que Clément n'a jamais distingué que deux classes de chrétiens. C'est ce que fait M. Heusi. Je crois avoir signalé dans ma troisième partie assez de passages de Clément pour établir qu'il a réellement fait la triple distinction que je suppose. Inutile d'y revenir. Mais que l'on veuille bien observer qu'en méconnaissant la triple distinction que fait Clément, on le rejette jiour ainsi dire, de plusieurs siècles en arrière. On le fait contemporain des philosophes platoniciens ou stoïciens qui se bornaient à classer les hommes en deux grandes catégories. D'une part le sage et de l'auti-e le commun des mortels. Au ii^ siècle, l'idéalisme ascétique et religieux s'empare de plus en plus des âmes. Le sage d autrefois, même le sage du Portique paraît trop raisonnable, trop tempéré. On lui voudrait des vertus transcendantes. On en arrive ainsi à distinguer parmi les sages eux-mêmes une élite de premier choix. Pythagore en est pour tout le monde le modèle achevé. Mais même dans le présent on a vu en chair et en os le sage sublime, l'espèce de « surhomme » que rêvent ces âmes plus mysticjues cjue philosophes. C'est Apollonius de Tyane. Philostrate en fera le héros de sou roman. Ces aspirations et ces idées, vous les retrouverez plus

[. YII, Sirom.. XVIII, 110.

iiotles encore ohc/. Origèiic cl cluv. IMolin. \o\\k oi'i va le rduraiit du siècle. Que l'on nie, en ilépil des lexles, (jue Clénienl ail lail des disliiu-tit>ns (|ni ra|)|>ell(Mil (t'Ile-ci, on le sorl roccénient de son temps. Il n'en a plus les liMidances el resi)cll ; il retarde; il aurait dû vivre avant Plnlon ou les néopylliagoriciens d'Alexandrie. 11 n'est plus le conleniporaiu d'I'lpiclète. de Plutarfpie, d'Al!)inus, de Nunienius, de Philoslrale. l^^n l'arrachant à son lenips, vous renoncez à Texplicpier; nous ne le voyons plus dans sa vraie perspective historique.

Le point de vue que nous critiquons couq^ortc une autre c<nisé- (pieiu (' cpii n'est guère moins fâcheuse que la première.

(loninie (]lément parle sans cesse de la nécessité de préparer ceux (pii aspirent à devenir des gnostiques, il faut l>icn ipi'à délaut des Strotnates, on soutienne que c'est le Pédagogue qui est destiné à donner cette i)ré})aralioii. Ce traité n'aurait pas pour but de dégrossir des néophytes cpii vieniicnl de s'affilier au christianisme; il s'adresserait à des lidèles (pii aspirenl à un christianisme supérieur. C'est ainsi que le comprend M. Heu-i. Je ne rappellerai jias tant de textes déjà indiqués cpii ne s'accordent pas avec le point de vue de mon crilicpie. Il est un lait qui nu- |)arail trancher hi ([uestion. 11 n'est pas concevahle que les deux derniers livres du Pédagogue aient été écrits pour d'autres que pour des néophytes de la première heure. INI. Wcndland a ]>rouvé (jne pour sa peinture de la vie païenne Clémenl a largement euq)ruiité à îMiïsonius, aux moralistes grecs. Ces satires si réalistes s'appricjnent parfaitement à des gens qui viennent d'ahandonner le paganisme mais cpii eu sont encoi'e tout inq)régnés. Ouaml on se convertissait alors au christianisme, on passait par plusieurs phases. La conversion ne s'opérait pas d'un seul coup. ()n se sentait attiré vers les chrétiens, le plus souvent, par la svuq)alhie et l'ailmiralion <pi inspiraient les confesseurs. On lisait l' Ancien 'reslamenl ; ou se persuadait cpie toute l'histoire du Christ y élail prédile jusipu' dans les moindres détails ; on se convaiiujuail de la divinité d(> la nouvelle religion; on demandait alors le haplcnic. Celui-ci consoiuinail la rupture avec le milieu, la famille, le passé. On se li'ouvaii (ik adré dans une société à part où les nirtuirs étaient très auslèi'cs. ()n \ faisait son

350 CLÉMENT d'aLEXA.XDIUE

cclucalion cl l)ienlùl on se trouvait façonné à 1 image de son nouveau milieu. Telles ont été les conversions de Justin, de Clément, de TertuUicn cl de hcauroup d'autres. Ne voit-on pas combien la prédication du Pédagogue de Clément était appropriée à des gens qui devenaient chrétiens de cette manière ? Le Protrepticus les arrachait au ])aganisn)e, à la superstition des vieilles habitudes, comme dit si exactement Clément lui-mcme. Puis il les livrait au Pédagogue qui les dégrossissait, les dépouillait de ce qu'ils avaient encore de paganisme, en faisait de vrais chrétiens. Voilà les gens auxquels s'adresse le Pédagogue de Clément. Quel sens cela aurait-il eu de tenir j)areil langage, celui des deux derniers livres, à des gens depuis longtemps chrétiens et qui même aspiraient à un christianisme transcendant?

En conclusion, ce qui me parait recommander l'hypothèse que j'ai émise, c'est qu'elle replace Clément et son œuvre dans son cadre histori(iue. Il reprend figure de personnage vivant; on comprend qu'il ail cxei'cé une puissante action sur l'élite chrétienne de son temps. I.cs Stromates redeviennent un facteur historique de premier ordre. Avec le point de vue que défend M. Heusi, on ne comprend plus ce que vient faire Cléujent à la fin du u<^ siècle. 11 peut être intéressant pour ceux qui cataloguent les dogmes, qui aiment à les classer méthodiquement, qui les embaument volontiers dans un manuel, mais sa figure énigmatique, perdue dans le brouillard, ne parviendra guère à passionner les historiens.

TABLE DES MATIÈUES

Pag;cs,

Pkkface 1 - 4

Introduction

CHAPiTiir: l'KiiMiER. — L Eglisc chrétienne à la lin du 11"^ siècle. . . 5

— II. — Biographie de Clénienl. — Sa conversion 22

— 111. — L'Ecole caléchélique d'Alexandrie o'i

— IV. — Les éciils de Clénienl i2

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