CHAPITRE III
L'École Catéchétique d'Alexandrie.
Les origines de l'Ecole catéchétique, comme celles de l'Eglise d'Alexandrie, sont enveloppées d'obscurité. Eusèbenous apprend qu'au début du règne de Commode, un homme d'une haute culture, nommé Pantène, « dirigeait les études des fidèles» de cette Eglise, et il ajoute qu'il y avait déjà anciennement à Alexandrie une « Ecole des Saintes-Ecritures * ». Il a soin de nous avertir qu'il n'a d'autre autorité pour ce qu'il affirme que la tradition (iraps!.- ).yîcpaiji.£v). Voilà tout ce que l'histoire nous a conservé des origines d'une institution qui devait exercer une influence si profonde sur l'évolution de la pensée chrétienne^! Nous ne savons ni dans quelles conditions elle est née, ni ce qu'elle a été dans sa première période.
Elle ne commence à sortir des ténèbres qu'avec ce Pantène, dont Eusèbe nous a esquissé un portrait qui semble appartenir plutôt à la légende qu'à l'histoire. On aurait bien tort de faire fonds sur ce qu'il nous en dit. Ce serait se montrer bien plus confiant qu'Eusèbe lui-même. Celui-ci préfère laisser à la tradition la responsabilité de ce qu'il
1. H. E., V, 10 : IÇ àp/aîou s'Sojç SioaixaXstou twv UpSiv Xdyojv Tiap' aù-oîç auvsaxwTOç.
2. Veut-on avoir un bon exemple des inexactitudes de saint Jérôme en matière d'histoire ? Que l'on compare le récit d'Eusèbe au passage correspondant du De Viris inlustribus, 36. Jérôme copie Eusèbe^ et ce qu'il ajoute est en contradiction avec les données les plus sûres de son garant. Quelle source d'erreurs que ces mots : (Pantœnus),.. docuit sub Severo principe et Antonino, cognomento Caracalla !
l'école CATKCIIÉTIQUE d'aLEXA.NDUIE 35
raooulo touchant Pantène. Nul doute, cependant, qu'il n'ait existé. Clément a pour lui la plus grande vénération. Il voudrait perpétuer son enseignement. 11 le cite comme interprèle des Écritures. En somme, il ne reste de Pantène qu'un nom très respecté ' .
Nous ne savons même pas ce qu'a été l'Ecole catéchétique sous la direction de Clément. Tout au plus, pouvonsnous conjecturer d'après ses écrits ce qu'a pu être l'enseignement qu'il y a donné. Fort heureusement l'histoire de l'Ecole vers 202 s'éclaire d'une vive lumière. Nous avons pour cette période, qui est celle des débuts d'Origène dans l'enseignement catéchétique, des textes qui paraissent très sûrs ^.
Dès que la persécution éclate à Alexandrie,* l'Ecole est abandonnée. Personne n'y enseigne plus; Clément a dû fuir. Pendant quelque temps, le Didascalée n'existe plus. C'est Origène qui le relève de ses cendres. Observons la manière dont il s'y prend. 11 n'a certainement pas dû innover à ce moment-là. 11 n'a pu songer qu'à restaurer l'ancien édifice. En voyant donc Origène reconstituer l'Ecole, nous aurons une idée de la manière dont elle a été fondée.
C'est, semble-t-il, sans en avoir eu le dessein, qu'Origène a été amené à reprendre la succession de ses maîtres. Quelques païens viennent à lui pour être instruits dans la parole de Dieu (TtpoTriSTav a'jTw zvà^ à-ô twv èOvwv àxouTÔpievoi Tov Àôyov xoù Gsoù). Origène fait donc tout d'abord œuvre de propagande. Ses premiers disciples sont des gens qu'il
1. D'après Philippe de Sidc, l'apologiste Athénagorc aniail ôlé le maître de Clcincnl et de Panlèiie, donc leur prédécesseur à l'Ecole. De l'avis de loiis les ciiliques, ceUc anirniation ne peut être acceplce.