‹ Clément d'AlexandrieChapitre 92 sur 149 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La Foi et la Gnose.

Dans les discussions assez confuses qui remplissent une notable partie des Stromates était impliquée une question infiniment grave; le christianisme se confondra-t-il avec la foi des simples ou bien admettra-t-on qu'il revête une forme supérieure? Question qui ne pouvait guère manquer de se produire vers la fin du ii' siècle. 11 était inévitable à ce moment-là que certains chrétiens se sentissent à l'étroit dans les limites de la foi populaire. Ne voyaient-ils pas la philosophie contemporaine prêcher une morale et exposer une théologie qui faisaient une certaine figure? N'était-ce pas le temps où le gnosticisme promettait un christianisme digne de rivaliser avec la sagesse grecque elle-même ? En face et de l'hérésie et de la philosophie, la foi chrétienne devait paraître un peu humble. Renoncer à lui donner une forme plus philosophique et plus imposante, n'était-ce pas al)diquer? Une telle médiocrité d'ambition devait paraître le signe d'une véritable médiocrité de foi et d'enthousiasme chrétiens.

Voilà ce que Clément voulait faire comprendre à l'Eglise. Qu'avait-il établi dans la longue discussion que nous venons de résumer dans les chapitres précédents? Des choses très fortes : (|ue, par certains cotés, le christianisme et la philosophie grecque étaient plus raj)prochés ((u'on ne le supposait, que la philosophie avait

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joué dans le passé un rôle capital et véritablement providentiel, qu'il y avait d'excellentes raisons pour que, parmi les chrétiens, on l'étudiât, et surtout enfin, qu'elle était indispensable à ceux qui voulaient faire produire à la vigne son plus beau fruit, c'est-à-dire atteindre à la Vérité tout entière.

Il ne suffisait pas à Clément d'avoir élevé la discussion à cette hauteur et d'avoir conquis pour la philosophie grecque le droit à l'existence, il lui fallait s'expliquer jusqu'au bout. Car du moment qu'on lui accorde le christianisme supérieur, la gnose chrétienne, il faut, de toute nécessité, qu'il marque les rapports réciproques qu'il entend établir entre le christianisme supérieur et celui de tout le monde, entre la gnose et la foi.

Comment Clément aurait-il pu se soustraire à cette explication? Alors même qu'il n'eût pas vu que la logique l'y obligeait, l'émotion qu'il soulevait parmi les chrétiens lui faisait un devoir de s'expliquer. Quand on voyait philosophes et gnostiques à l'envi se donner pour une espèce supérieure au reste des hommes, quand les disciples de Basilide et de Valentin prétendaient que leur gnose constituait un privilège qu'ils tenaient de leur propre nature, ne devait-on pas se demander où Clément voulait en venir lorsqu'il parlait à son tour d'une gnose chrétienne ? Notre théologien pouvait-il se dérober ? Le voulait-il, lui, qui trahit un désir si vif de ne pas se séparer de la masse chrétienne ?

' C'est ainsi que Clément a été amené, autant par les circonstances que par la logique, à réfléchir sur les rapports de la foi et de la gnose et à compléter ainsi sa théorie des rapports du christianisme et de la philosophie.

On nous reprochera peut-être de mettre dans les idées de notre auteur un enchaînement plus rigoureux qu'elles

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