L.V FOI ET L\ C.NOSE
non oui en réalité. Assurément la tentation est forte d'introduire un peu d'ordre dans le ehaos des pensées de Clément. Il faut s'en défendre soigneusement. Néanmoins quel que soit le désordre de son exposition, notre catéchète est loin d'être dépourvu de logique. 11 a parfaitement vu qu'après avoir justifié l'usage qu'il voulait faire de la philosophie, il lui fallait aller au fond des choses et discuter les rapports de la foi et de la gnose. Aussi, après avoir établi la première de ces deux thèses dans son premier Stroniate, il aborde la seconde dans le deuxième. Naturellement, il y reviendra plus loin, comme aussi il refera la démonstration de sa première thèse *. Il n'en reste pas moins (ju'il se montre ici fidèle à la logique de ses idées et que son deuxième Stromate fait suite au premier.
L'une des dillicultés qu'offre l'étude de notre auteur provient de l'absence de précision dans les principaux termes qu'il emploie. Ils sont si élastiques que tantôt ils embrassent tout un groupe de notions connexes, tantôt ils n'en désignent qu'une seule. La langue théologique de Clément est encore à l'état fluide, en voie de formation. Ainsi que signifient exactement ces termes de foi et de gnose qui reviennent sans cesse dans les textes que nous allons étudier? Nombreuses sont les définitions que notre auteur en a données. Mais de toutes ces définitions il serait singulièrement malaisé de tirer une notion (jui ne soit pas contradictoire. Les unes sont formulées en termes philosophiques empruntés soit à Platon soit aux stoïciens, les autres en langage biblique. Nous nous ])ornerons à indiquer le sens que Clément donne en général à ces
1. Il traite des rapports do la -ia-i; et de la yvôi^i? notamment dans les chapitres ii à vi ; ix à xii du ii* livre, et dans les cliap. i à m du v* livre.
termes de rzhxiç et de vvcô^cç, nous réservant de relever au fur et à mesure les significations plus spéciales qu'ils revêtent dans certains passages.
Notre théologien entend généralement par tz'Itti.; la foi des simples chrétiens. Pour plus de précision, il l'appelle assez souvent ti xoivri tt'Iitt'.ç, la foi commune. La y^wo"!-? embrasse les doctrines chrétiennes qui ne peuvent être saisies que par une suite de raisonnements. Elle signifierait une sorte de théologie spéculative si celle-ci n'était dans la pensée de Clément plutôt à l'état de projet que réalisée en un corps concret de doctrines.
Quels sont, d'après Clément, les rapports qui existent entre la foi et la gnose ? Quel est le principe qui détermine ou définit ces rapports? Ce principe est très clair et très précis. La foi, d'après Clément, c'est le fondement; la gnose n'est que le couronnement. La foi est à la base de toute forme transcendante de christianisme. 11 n'y a rien d'antérieur à la foi, rien de plus primitif ou de plus essentiel. Elle conditionne toute manifestation de christianisme dans quelque domaine que ce soit, domaine des idées ou domaine des actions. Elle est donc la pierre angulaire. Clément lui donne la place d'honneur.
Sur ce point capital, il n'a jamais varié. C'était chez lui un principe arrêté. Il y revient si souvent et avec tant d'insistance qu'on voit bien qu'il y tenait absolument. En fait, c'est le principe fondamental de toute sa théologie, c'est le trait distinctif de son christianisme, celui qui constitue l'originalité de l'idée qu'il se fait des rapports de la religion chrétienne et de la philosophie. C'est là, dans la façon dont il conçoit les rapports de la foi et de la gnose, qu'il faut chercher le dernier mot de sa pensée et la clef de sa position théologique entre les gnostiques et les « simpliciores».