LIVRE IV
épître le désir de les voir « riches en toutes choses par la « foi, par la parole, par la connaissance ou la gnose 4. » li distingue, dans sa lettre aux Romains, deux espèces de foi, une foi commune et une foi plus élevée qui, Rétablissant sur la première comme sur son fondement nécessaire, se développe et atteint sa perfection dans le fidèle par la doctrine et l'accomplissement des préceptes du Seigneur, c'est-à-dire, par la charité 2.
Saint Pierre, écrivant, de son côté, aux fidèles de l'Asie, de la Gappadoce, du Pont, leur recommandait de «croître « dans la grâce et clans la connaissance (yi/wseï) de Jésus- « Christ, notre Seigneur et Sauveur 3. »
Telle était, ajoute Clément, la foi des apôtres. Aussi à peine en eurent-ils connu l'excellence et la puissance qu'ils prièrent le Seigneur de l'accroître en eux. Alors, semblable au grain de sénevé qui finit par devenir un grand arbre, elle prit de tels accroissements que la connaissance des plus sublimes mystères vint se reposer sous son ombrage '. Il est donc salutaire de chercher à connaître Dieu, pourvu que cet esprit de recherche ne dégénère pas en vain amour de dispute. Car ceux qui cherchent avec sincérité, la louange de Dieu sur les lèvres, ceux-là obtiendront le don divin, c'est-à-clire la connaissance ou la gnose, et leur âme vivra 5.
Telle est, suivant notre saint docteur, la dignité et l'importance de la gnose. Mais quelle en est la nature? En quoi précisément diffère-t-elle de la simple foi et lui est-elle supérieure? Qu'est-ce qui la distingue de la gnose héré-
1 II Corinth. VIII, 7.
- Rom. 1, 11, 12, 17.— Cf. Sirom. F, 1. p. 644.
3 II Ep. III, 18.
4 Strom. F, 1, p. 011.
;; Ibid. F, 1, p. 652,
tique et de la science humaine? Quels sont les éléments dont elle se compose, les effets qu'elle produit, le' terme
auquel elle aboutit? Pour résoudre ces questions aussi délicates qu'intéressantes, nous allons d'abord citer les propres paroles de Clément.
« La gnose, dit-il, est la science de l'être eu lui-même « ou la science qui est en harmonie avec les phénomène- i.» Le gnostique, par conséquent, ne se contente pas de croire ce qu'enseignent les livres sacrés, mais il en a l'intelligence profonde; il ne reçoit pas la révélation divine sans y appliquer son esprit, mais il se l'approprie par l'effort de sa raison à ce point qu'il ne peut pas ne pas croire ; il ne s'arrête pas à la lettre morte, mais, guidé par l'esprit de la sainte Écriture, il peut approfondir tout ce qui se rapporte à la foi et au salut, et tirer des vérités clairement énoncées la démonstration évidente des mystères cachés a. « Le vrai gnos- « tique est donc celui qui possède toute espèce de sa- « gesse3. » Mais de même que le vrai lidèle est celui qui met sa vie en harmonie avec sa foi, ainsi pour être véritablement gnostique il ne suffit pas d'avoir la sagesse en partage, c'est-à-dire de posséder spéculativement ei de comprendre scientifiquement la doctrine révélée ; il faut déplus se l'approprier par la conduite et les œuvres à ce point que le modèle offert par le Christ soit toujours sous les yeux, et que la vie entière soit un effort continuel de le glorifier par l'imitation de ses vertus. « En effet, dit notre saint docteur, « le gnostique a une double lin à poursuivre : la contem- « plation de la vérité et la pratique de la vertu '. »
1 Strom- II, 17, |>. 4(18 : rvôist; e?k i-t- 7 /,■/■/, --,j r aw. - -• t . •
- Ibid. 17/. 16, in 891.
:' Ibid. 7, 13, p. 850 : <> âl ~/m 7Tav70<?5CT>ji roj^tag '--î-.n'.oz, ;.- ■:'' V, yvMTtMi.
'* Ibid. VU, lu. i' R9S.