‹ Clément d'AlexandrieChapitre 103 sur 226 · V RM IV · texte numérisé non relu

V RM IV

« celui qui a dos mains de saisir les objets, et de voir à « celui qui a des yeux sains, ainsi le propre de celui qui a « la foi est d'acquérir la connaissance, pourvu que sur ce « fondement de la foi il veuille élever avec l'or, Y argent et « les pierres précieuses l'édifice du salut *. Que si l'on pré- « tend que l'ignorance, le manque d'instruction et de cul- « ture, donnent aussi bien que la science l'intelligence des « vérités de la foi, on devra du moins accorder que si l'on « peut bien vivre dans l'indigence, on peut aussi bien vivre « dans la richesse d'un esprit cultivé, et qu'avec le secours « d'une instruction libérale on s'avance plus facilement et « plus rapidement dans la carrière de la vertu, quoiqu'on « puisse arriver au terme sans un pareil secours. Loin «%d'être nuisibles à la foi, l'étude et la vraie science la « rendent plus ferme et plus inébranlable. Car, en général, « on ne peut comprendre sans étude les vérités révélées, « et ce n'est pas la foi seule, la foi pure et simple, mais la « foi unie à la science qui sait choisir entre les saines doc- « trines et les mauvaises 2. C'est donc sans fondement que « quelques-uns redoutent la philosophie comme les enfants « ont peur des fantômes. C'est une preuve que leur foi « manque de science si elle peut être ébranlée 3. »

Quant à ceux qui prétendaient que le don de la foi , ou plutôt l'excellence de leur nature, les mettaient en possession d'une sorte de science infuse qui les dispensait de toute étude, de tout travail, Clément leur opposait ces fortes et décisives raisons. « La science comme la vertu, leur « disait-il, ne nous est pas innée. Elle est fille de l'éduca- « tion et des relations réciproques. Pour se livrer à nous,

' Strom. VI, 17, p. 810.— Cf. T Corinth., IN. 1-2,

2 Ibid. I, 6, p. 330.

3 Ibid. Vf, 10, p. 780.

« elle réclame, dès le principe, les soins, la culture de Yu\- « telligence et les progrès du disciple. C'est par la ré- « flexion, par une méditation assidue qu'elle s'acquiert el « devient comme june propriété, comme une habitude de « l'âme 4. La volonté de Dieu est que nous soyons les arti- « sans de notre salut. Voilà pourquoi nous sommes doués « de liberté 2. L'âme humaine est donc un champ qui, « pour produire des fruits, exige la culture. Le premier ou- « vrier de ce champ est Celui qui, depuis la création du « monde, répand d'en haut les semences nutritives; Celui « qui, dans tous les temps, a fait pleuvoir sur l'homme le « Verbe divin. Mais ces semences divines pour se déve- « lopper, cette rosée céleste pour féconder le champ de « l'intelligence et du cœur, réclament la culture H ]ps « soins de l'homme lui-même 3. » À ces misons, qui établissent avec tant de solidité la nécessité de développer, de féconder par l'élude et la pratique de la vertu le don de la foi et d'en acquérir la science, Clémenl ajoutait une preuve plus grave encore, l'autorité des apôtres et particulièrement de saint Paul.

Le grand Apôtre, dans sa première épître aux Corinthiens, appelle la simple foi le lait des faibles, des enfants. « Mes frères, leur dit-il. je n"ai pu vous parlercomme à des « hommes spirituels, maiscommeà des hommes charnels, « comme à des enfants en Jésus-Christ, .le \<>u<ai donné « du lait plutôt que de la nourriture solide que vous ne « pouviez et que vous ne pouvez encore porter, car vous « (Mes encore charnels '•. » Il exprime dans sa seconde

i Strom. 17, 9, |>. 7*9.

» Ibid. T'7. 1-2, p. 78.

• Ibid. I. 7 .'t <).

* I Corinlli III I . •.'. Cf. Strom. I. I, p 660.

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