CHAPITRE II
De la Gnose pratique. Portrait du Gncstique.
Le gnostique, selon la doctrine de Clément, est le parlai! chrétien, et la gnose la perfection du christianisme. Toutefois, notre docteur distingue, dans cette perfection, divers degrés que doit parcourir le gnostique avant d'atteindre le faîte de la vertu : « 11 y a, dit-il, trois degrés de « la perfection gnostique : le premier est la doctrine « unie à la crainte, par laquelle nous évitons l'injustice; « le second est l'espérance qui nous fait désirer les biens « parfaits; le troisième, et le plus haut, est, comme il « convient , la charité '. La perfection gnostique a donc « pour fondement cette trinité sainte : la foi, l'espérance « et la charité, la plus grande des trois. »
Armé de ces trois vertus théologales, de ces trois facultés surnaturelles de sa nouvelle vie, le fidèle s'élève successivement jusqu'à la plénitude de l'âge du Christ 3 jusqu'à la mesure de l'homme parfait. Il surmonte d'abord la concupiscence par la continence, et commande en maître à ses passions 2. L'exercice de la lutte contre lui-même et la pratique de la patience le mettent bientôt au-dessus de la crainte et de la colère, et il parvient à cette harmonie de
1 Strom. IV, 7, j>. 5^-7 sq. — Cf. 1 Corinth., xm, 13 '-' Ibid. III. passim.
l'âme qui est la, justice chrétienne. « La volonté, le juge- « ment et l'opération sont en lui identiques. L'esprit , tou-
« jours disposé de la même manière, a toujours aussi la « même doctrine, porte toujours les mêmes jugements, de « façon que les paroles, la conduite et les mœurs sont « toujours en harmonie parfaite et avec eux-mêmes et avec « le Verbe 1. Tout se tient donc dans la justice gnostique, « et en posséder une vertu, c'est les posséder toutes *2. » Dans cet état de justice, le gnostique fait trois choses : « Il contemple, il accomplit les préceptes, il forme des « hommes vertueux 3. Le vrai gnostique, fait à l'image « et à la ressemblance de Dieu, est celui qui imite Dieu « autant qu'il le peut, et n'omet rien de ce qui peut ren- « dre de plus en plus parfaite cette ressemblance. Prati- « ([uant la continence, la patience, la justice, il commande « en maître aux passions de son âme, donne ce qu'il pos- « sède, fait le bien selon ses forces, et par sa parole et « par ses œuvres ''. insensible au blâme du monde et à la « mauvaise réputation que fait le vulgaire, il ne se laisse « conduire ni par l'opinion, ni par les applaudissements. « Qu'il entreprenne des travaux, qu'il fasse ce que le de- « voir impose, ou qu'il supporte courageusement les acci- « dents qui lui arrivent, il apparaît un homme supérieur « aux autres hommes 3. »
Le gnostique ne s'en tient pas à la pratique de ces vertus et à la perfection qu'elles supposent : il s'élève plus haut. La justice le conduit à la piété. « Celui qui s'est d'a- « bord appliqué à modérer ses passions, à devenir impas-
' Strom. 77, ]7, |. 469.
■ Ibid. Il, 18, p. 470.
8 Ibid. 77. 10, p. L58.
'' Ibid. il. lo. p. 480.
" Ibid. VIL :t. p. 838.