LIVRE IV
« sible, et qui a grandi jusqu'à la pratique des bonnes « œuvres de la justice gnostique, celui-là est égal aux an- « ges. Brillant comme le soleil par l'éclat de ses vertus, il « s'élève à la sainte demeure, comme les apôtres, par la « gnose et par la charité l. » Sa vie est tout entière dans le ciel. Là sont ses pensées, son cœur et tous ses désirs. Indifférent à tout le reste, il n'aspire à d'autre bonheur qu'à celui « d'être toujours le royal ami de Dieu. Aussi, « qu'on le couvre d'ignominie, qu'on le condamne à l'exil, « qu'on le dépouille de ses biens, qu'on lui arrache même u la vie , jamais on ne pourra lui ravir la liberté et l'a- « mour souverain de Dieu 2. li est plus grand que le « monde 3, seul il est vraiment saint 4, et, comme il est « égal aux anges, il n'a plus besoin de leur secours 5 ; il « unit ses prières à celles de ces esprits célestes. Bien plus, « par son union avec Dieu, le gnostique devient Dieu « lui-même 6. Le Sauveur, le Fils unique du Roi univer- « sel, l'empreinte (y&pamfy) de la gloire de Dieu imprime « sa propre image au gnostique, habite en lui et lui com- « mimique sa ressemblance, de sorte que le gnostique « devient la troisième image de Dieu, aussi semblable que « possible à la seconde, à Celui qui est la véritable vie et « la source de notre vie 7. »
Clément a réuni tous ces traits épars de la perfection gnostique dans un tableau plus large et plus achevé qu'il en trace au Ylle livre des Stromates. Nous croyons utile de le reproduire presqu'en entier. On ne se plaindra pas de
1 Strom. VI, 13, p. 792.
- Ibid. IV, 7, p. 587.
3 Ibid. II, 20, p. 494.
'+ Ibid. IV, 25 et 26, p. 637 et 642.
s Ibid. Vil, 13, 14, p. 881. 883.
a Ibid. IV, 23, p. 632.
7 Ibid. VII, 3, p. 837.
•220 CLÉMEN'J D'ALEXANDRIE.
la longueur de nos citations. Quand elles ne seraient pas
nécessaires pour faire apprécier à sa juste valeur la doctrine du maître alexandrin, on les lirait encore avec l'intérêt qui s'attache nécessairement à une conception et à une pratique si.hautes de la morale évangélique.
« Le gnostique, dit-il1, instruit de la doctrine divine, « comprend toutes choses avec vérité et grandeur. Pre- « nant son point de départ dans l'admiration que produit « en lui le spectacle des créatures, et trouvant dans cette « admiration même l'indice certain qu'il est propre à ac- « quérir la gnose, il s'empresse de devenir un ardent dis- « ciple du Seigneur. Dès qu'il a entendu parler de Dieu et « de sa Providence, il y a cru, convaincu qu'il était par « les merveilles de la création. Animé de cette foi, il se « livre avec ardeur à l'étude et fait tous les efforts possi- « blés pour acquérir la connaissance des choses qu'il « désire. Ce désir, formé dans son cœur par le progrès de « la foi, s'unit avec l'esprit de recherche ; et alors il se rend « digne d'une si grande et si haute contemplation. Ces! «< ainsi que le gnostique prendra goût à la volonté de Dieu : « car il ne prêtera pas seulement les oreilles, mais il ou- « vrira son esprit aux choses exprimées par les mots: et. « comme sous l'enveloppe des mots il saura comprendre « les essences des choses et les choses elles-mêmes, il « saura aussi appliquer sonâmeà l'observation parfaite « des préceptes. .. Il se livre à la contemplation Bcienti- « hque afin de pouvoir, par cet exercice préliminaire, s'é- « lever à la contemplation pins universelle et plus haute « de la parole divine, bien convaincu, comme le dit le « prophète, que c'est Dieu <ji(i enseigne à l'homme la
■ Strom. \ II. 1 1-1. i. p. Btïï sq.