‹ Clément d'AlexandrieChapitre 116 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Platon, le sage poursuivi par le stoïcisme, qui n'avait pu ni le contempler, ni le produire dans son entière et vivante beauté, le christianisme venait de le mettre au monde et de le révéler à la terre.

Clément, deux siècles à peine après la prédication de l'Evangile, pouvait peindre l'homme du Verbe, non comme un type idéal, mais comme un être vivant qui se formait et grandissait sous le feu des persécutions, envahissait tous les rangs de la société et ne laissait aux hommes de la colère et de la volupté que leurs spectacles sanglants ou impurs, leurs orgies et leurs temples. Pour tracer le portrait du vrai gnostique, le catéchiste alexandrin n'était pas réduit à en chercher les traits uniquement dans les pages de l'Evangile; il les trouvait aussi sous ses yeux, dans d'innombrables chrétiens, vivant, agissant et mourant comme il les faisait vivre, agir et mourir. Le christianisme n'avait pas attendu que la Thébaïde eût ouvert, en face d'Alexandrie, cette cité savante et voluptueuse, la solitude de ses déserts aux disciples héroïques des Antoine et des Pacôme, pour produire des ascètes, c'est-à-dire des chrétiens s' exerçant avec plus d'héroïsme que le commun des fidèles dans la pratique de l'Évangile et dans le grand combat de la vie de l'âme contre les passions. Ce n'était donc point un portrait de fantaisie que prétendait tracer Clément d'Alexandrie, mais un phénomène vivant qu'il voulait décrire, lorsqu'il montrait au monde son gnostique s' élevant audessus du vulgaire par une connaissance beaucoup plus profonde de la vérité révélée, par la pureté angélique de sa vie, par un détachement des choses terrestres à un degré où il semble n'en être plus touché, par une charité sans bornes pour ses frères, par une prière continuelle, et, enfin, par un amour pur de Dieu qui couronne tout cet ad-

•j.ji CLEMENT D'ALEXANDRIE.

ïiiîrable édilice de perfections. Sous ce rapport, la grt< du docteur alexandrin a tout ensemble un intérêt doctrinal et un intérêt historique. Elle nous représente) en partie

du moins, la manière dont la perfection chrétienne, ou l'ascétisme, était, non-seulement entendue, mais pratiquée dans l'Église, au milieu de la société païenne, à la fin du ir siècle.

Cependant, on a reproché au disciple de saint Pantène de s'être écarté de la doctrine de l'Église, soit en dépréciant trop la foi au profit de la gnose et en exagérant la perfection intellectuelle et morale à laquelle peut atteindre ici-bas le chrétien, soit en mêlant aux principes de la perfection chrétienne, pris aux sources de la révélation, des principes empruntés à divers systèmes philosophiques, principalement au stoïcisme et au mysticisme néoplatonicien.

Nous allons discuter ces reproches, en examinant successivement dans les chapitres qui suivent la perfection relative de la foi et de la gnose, et les principes qui entrent dans la formation de la gnose, telle que l'a conçue et enseignée le docteur alexandrin.

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