‹ Clément d'AlexandrieChapitre 115 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

« l'un des préceptes du Seigneur que nous n'ayons ni ence vie de rien, ni haine contre personne ; car tous les hom- « mes sont l'œuvre d'une même volonté. Celui qui est « parvenu à ce degré de perfection commande plutôt qu'il « ne demande à Dieu, et, si ses frères sont dans l'indi- « gence, il ne demandera point pour eux de grandes ri- « chesses, mais seulement les secours nécessaires à leurs « besoins...

« Le gnostique est tout divin ; il est saint, puisqu'il « porte Dieu et que c'est Dieu qui l'inspire... 11 n'est « donc pas étonnant qu'aucun événement ne le trouble, « qu'il ne craigne aucun des accidents qui, dans les des- « seins de Dieu, tournent à l'avantage des élus. La mort « n'est pas pour lui un opprobre, parce qu'il a une con- « science sans tache qui se montre aux puissances, pilri- « fiée de toute souillure de l'âme, et qu'il sait qu'au delà « de ce monde un meilleur sort l'attend... Ainsi, après « avoir puisé dans la science la force de la contemplation, « après avoir reçu largement le don sublime de la gnose, « il va enfin recueillir au ciel la sainte récompense d'une « transformation plus complète et plus heureuse. »

Terminons cet admirable portrait du gnostique par la comparaison que Clément établit ailleurs 1 entre l'homme qui se laisse dominer par ses passions et celui en qui habite le Verbe,

« 11 y a, dit-il après Platon, trois parties dans l'àme « humaine : la première, l'intelligence, qu'on appelle fa- « culte de raisonner, est l'homme intérieur qui commande « à l'homme extérieur et visible, et qui est conduit lui- « même par Dieu. La seconde, c'est-à-dire la partie iras-

i Pœday., III, J, p. 250-25J.

« cible, semblable à une bête féroce, habite toujours sur « les confins de la fureur. Quanta la troisième partie, le « désir voluptueux, elle prend toutes les formes, et, plus « changeante que Protée, ce dieu mobile des mers, elle « revêt tantôt une figure, tantôt une autre, puis une troi- « sième, provoquant à l'adultère, à la lubricité, à la cor- « ruption.

« Il devient d'abord, dit Homère, un lion à la longue « chevelure; par cette chevelure, il retient encore quelque « chose de l'homme, dont la barbe est le signe distinctif. « Mais ensuite il se transforme en dragon, en léopard, en « porc immonde, et le voilà tombé, par le luxe et le soin « excessif de son corps, dans l'intempérance. Enfin, il « finit par n'être plus semblable même à une bête féroce « et courageuse : il n'est plus, poursuit Homère, qu'une « eau coulante et un arbre aux longs rameaux. Les pas- « sions rompent leur digue, les voluptés se répandent « comme l'eau, la beauté se flétrit et tombe à terre avec « plus de rapidité que les feuilles, emportée par le souille « brûlant de la passion de l'amour; elle se corrompt et « meurt sans attendre que vienne l'automne. Ainsi la pas- « sion voluptueuse se fait toute chose, prend toutes les « formes, revêt tous les masques, afin de ne rien laisser « paraître de l'homme.

« Qu'il en est autrement de l'homme en qui habite le « Verbe. Celui-là ne change pas; il ne prend pas une « forme étrangère. Sa forme est celle du Verbe ; il est « semblable à Dieu, il est beau, mais non (rime beauté « d'emprunt. Sa beauté, c'est lui-même, car il est Dieu. « il devient Dieu par la volonté divine. »

Voilà un sublime langage, exprimant des choses plus sublimes encore. Enfin, le sage entrevu sur la croix par

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