‹ Clément d'AlexandrieChapitre 118 sur 226 · LIVRE IV. 2'i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 2'i

« bonheur et de puissances qui les attendent après leur

« mort. Ceux-là sont des enfants dans la foi ; ils sont

« heureux, sans doute, mais ils ne sont pas encore, comme

« le gnostique, parvenus à la perfection de l'homme fait

« qui réside dans la charité envers Dieu... Or la charité

« est à elle-même son seul motif J. » Clément tire de là

deux conséquences : la première, c'est qu'une action n'est

pas vraiment vertueuse lorsqu'elle n'est pas accomplie par

charité envers Dieu; tandis que, au contraire, toutes les

actions, même les plus ordinaires de la vie commune, sont

agréables à Dieu, lorsqu'elles sont faites par amour pour

lui. 11 s'appuie, pour le prouver, sur le témoignage de

saint Paul (T, Corinth. , xm) et de saint Clément de Rome 2.

L'autre conséquence que déduit de son principe le docteur

alexandrin, c'est que celui-là seul cultive la vertu, qui la

met au-dessus de toute chose, qui, après l'avoir recherchée

pour elle-même, ne l'abandonne jamais, la regarde comme

le souverain bien, et ne se propose d'autre motif que de

plaire à Dieu 3 . . .

« Clément revient souvent à cette définition de la vertu, et il s'efforce d'en prouver la légitimité par de nombreux passages de l'Écriture et par le témoignage d'un grand nombre d'écrivains illustres. 11 le devait Car c'est là l'idée mère de son système, le principe sur lequel il s'appuie pour établir comment l'homme peut s'unir intimement avec Dieu et entrer en participation de sa vie. Mais ce qu'il importe de constater ici, c'est que Clément conclut de cette définition de la vertu que le gnostique seul est vraiment pieux 4. Cette conclusion est légitime. Car on ne peut

i Strom. Vil, 11, p. 871, sq.— Cf. IV, 22, p. 626, 630, etc. - Ibid. IV, 17, p. 653-55.

3 Ibid. VII, 11, p. 871. — Cf. Ibid, IV, 22, p. 630.

4 Strom. Vil, i, p. 828 : Mtçysv oyxj-Ox stvai Ass^îS-/} rbv rvsGvizo'v. '

adopter la définition que Clément donne de la vertu, sans reconnaître que la vertu n'est pas tout entière dans Faction elle-même, mais qu'elle dépend surtout de la raison et de l'intention qui anime l'agent. « L'Écriture enseigne, dit-il, « que la vertu consiste non pas simplement à faire ce qui « est bien, mais à le faire avec intention et d'une manière « raisonnable ]. » Bien plus, l'intention seule, pourvu qu'elle soit pure et sincère, devra être réputée pour l'acte vertueux lui-même, quoiqu'elle n'obtienne pas son effet extérieur. Et c'est en effet ce qu'enseigne Clément 2.

« Il suit de ces principes que le griostique, faisant toutes ses actions conformément à la droite raison, remplit par là même toutes les conditions de la vraie vertu. Aussi Clément n'hésite-t-il pas à dire que toutes les actions du gnostique sont des actions parfaites (zaTopôo^aTa), employant le mot même usité dans l'école stoïcienne 3. • Le gnosti- « que, dit-il, agit toujours avec perfection en toutes cbo- « ses 4. » Ces mêmes actions seraient défectueuses, si el l'étaient faites par un motif de crainte, par imitation, par désir d'une récompense. Mais ces motifs ne se rencontrent pas dans le gnostique, qui fait tout par amour envers Dieu et ne se propose d'autre fin que de lui plaire.

« Quant au fidèle, continue Doelme, Clément en parle tout autrement. 11 lui accorde, à la vérité, de produire des actes conformes à la religion chrétienne, et, par conséquent, une sorte de vertu; mois il lui refuse la vraie vertu et l'accomplissement parfait du devoir. L'œuvre du simple fidèle est, suivant son expression, une œuvre moyenne [pion

■ Strom. VI, 14, p. 796.

2 Ibid. IV, (>, p. 580-581.

:t Ibid. r/, M, p. 796.

4 Ibid. Vil, 9, p. 864 : Kurop$slh it*«tn

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