LIVRE IV
l'autorité qui affirme garantit sa propre affirmation de tout danger d'erreur, et qu'elle ne saurait légitimement douter de ce que cette autorité lui enseigne. En un mot. outre la certitude qui s'appuie sur l'autorité de l'évidence, il y a la certitude aussi complète, aussi absolue, qui repose sur l'évidence de l'autorité.
Cette distinction entre la certitude scientifique et la certitude d'autorité a été faite par Clément, et elle explique suffisamment ce qu'il y a d'obscur dans quelques-unes de ses affirmations touchant la foi comparée à la gnose.
Clément, il est vrai, refuse à la foi une certitude qu'elle ne saurait avoir sans perdre sa nature et son nom : il ne lui accorde pas la certitude scientifique ; par suite, il n'accorde pas au simple fidèle le pouvoir de résoudre scientifiquement et dans le détail les objections que peut soulever la science incrédule, ni les difficultés que peuvent présenter les vérités révélées et l'interprétation des Ecritures. C'est en ce sens qu'il déclare que « ce n'est pas la simple foi, « mais la foi unie à la science qui sait adopter la vérité et « se préserver de l'erreur. » Mais en cela Clément ne dit rien que n'avouent le bon sens et la théologie, rien qui détruise ou diminue la certitude absolue, propre à la foi.
En effet, si elle manque de la certitude scientifique, la foi repose néanmoins sur un fondement dont la raison ne saurait nier, ni la science ébranler la solidité. « Nous proclui- « sons à tous, dit Clément, un argument décisif, péremp- « toire, la parole de Dieu qui s'est expliqué lui-même dans « les Écritures, sur tous les points qui sont l'objet de nos « investigations. Quel est l'homme assez impie pour ne pas « ajouter foi à la parole de Dieu et pour lui demander des « preuves comme on en demande aux hommes ' ?
» Sirom. V, 1, p. 646.
« Ainsi, dit encore notre illustre docteur, quiconque « appuie sa foi sur la parole de Dieu renfermée dans les « Écritures a pour lui une autorité inébranlable, une dé- « monstration que rien ne peut contredire ; point de preuve, « point de raisonnement qui rende cette foi plus forte que « ne fait cette parole j. »
Ces textes, joints à tant d'autres qu'il est inutile de reproduire, nous paraissent décisifs, et il faudrait les supprimer pour supposer que Clément refuse au simple fidèle la certitude de ce qu'il croit. Comment, s'il ne lui accordait pas cette certitude, pourrait-il faire un crime de l'incrédulité? Comment pourrait-il faire de la foi pure et simple la condition indispensable non-seulement de l'intelligence, mais encore des œuvres du salut? Comment enfin pourraitil soutenir que la foi est supérieure à la science et son cnterium 2 ?
La croyance du fidèle n'est donc pas seulement vraie, elle est de plus certaine et raisonnable, parce qu'elle est fondée sur la parole infaillible du Verbe et qu'il est souverainement raisonnable de croire à cette parole infaillible.
Non-seulement la foi est une connaissance vraie et certaine, mais elle peut par elle-même, sans le secours des lettres et des sciences humaines, donner la science de Dieu qui suffit au salut. « La foi, dit Clément après saint « Paul, n'est pas la possession des sages selon le monde, « mais des sages selon Dieu. Elle peut s'apprendre même « sans le secours des lettres, » et, à plus forte raison, sans le secours de la spéculation philosophique9. « 11 en est, « dit-il ailleurs, qui, enflés de leur science, nous mépri-
' Strom. il, 2, p. 433.
2 Ibid. Il, 1. p. 436. — Nous avons dit plus haut ,liv. 111, ch. IV), en quel Bena la Foi eai le critérium de la science. i Pwd., III, c. «). p. 899.