‹ Clément d'AlexandrieChapitre 122 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

« sent comme des enfants, sous le prétexte que autre doc- « trine est puérile et méprisable. 11 n'en est pas moins vrai « qu'en recevant la génération du baptême nous recevons « la perfection de la vie. Car c'est là que nous recevons u l'illumination qui est la connaissance de Dieu; or celui- « là n'est plus imparfait qui connaît ce qui est parfait... « Le Seigneur lui-même a révélé de la manière la plus « évidente que le salut était pour tous, lorsqu'il a dit : « C'est la volonté de mon Père que quiconque voit le Fils « et croit en lui ait la vie étemelle et je le ressusciterai au « dernier jour... La foi est, en effet, la perfection de la « doctrine. Et voilà pourquoi le Sauveur a dit encore : « Celui qui croît au Fils a la vie éternelle. Si donc, nous « qui croyons, avons la vie éternelle, qu'avons-nous à « désirer de plus que la possession de la vie éternelle? La « foi étant parfaite et pleine par elle'-même ne manque de « rien. S'il lui manquait quelque chose elle ne serait pas « entièrement parfaite. Or la foi n'est défectueuse sous « aucun rapport, car elle met le fidèle, des ce monde, en « possession de ce qu'il possédera un jour à découvert; « cette possession anticipée de la foi devient la mesure des « biens qui attendent le fidèle après la résurrection, et « c'est ainsi que se réalise cette parole : Qu'il soit fait selon « votre foi. Ainsi là où est la foi, là est la promesse dont « le terme est le repos. La gnose consiste donc dans l'illu- « mination, et la fin de l'illumination est le repos1. » En rétablissant ainsi la notion de la foi et en l'opposant à la gnose hérétique, Clément enseigne, après saint Paul, que la foi se suffit à elle-même pour donner la connaissance de Dieu, qu'elle est une illumination d'en haut, ou si l'on veut

v?iN CLEMENT D'ALEXANDRIE.

une faculté surnaturelle de connaître Dieu. Ce n'est pas un simple sentiment, ni seulement un acte de soumission à la parole divine, c'est une véritable connaissance, de même nature que la gnose qui en est la perfection. Voilà pourquoi Clément dit ailleurs : « Il n'y a pas de gnose sans foi, « comme il n'y a pas de foi sans un commencement de « gnose1. »

Dira-t-on avec Doehne, que ces témoignages sont formels, il est vrai, mais que Clément avait deux doctrines : l'une exotérique, où il suivait l'enseignement commun de l'Église en défendant la foi contre les païens et les Gnostiques; l'autre ésotérique, où il déprimait à son tour la foi au profit de la gnose; ou bien, avec un autre critique d'outre-Rhin 2, que plus enclin par ses idées philosophiques à établir entre la foi et la gnose une différence spécifique, le docteur alexandrin n'a cédé qu'aux remords de sa conscience chrétienne, lorsque, pour défendre la pureté, et l'intégrité de la foi contre les païens et les Gnostiques, il a cherché, non sans quelque hésitation, à en prouver l'excellence et l'efficacité absolue pour le salut?

Ce sont là des hypothèses que n'autorisent ni le caractère si loyal de notre saint docteur, ni l'ensemble de sa doctrine. 11 y a, selon nous, une manière beaucoup pins vraisemblable, sinon de concilier tout à fait, du moins d'expliquer suffisamment les contradictions que présentent, dans les termes, plusieurs assertions de Clément. Comme saint Paul et comme tant d'autres défenseurs du christianisme, le docteur alexandrin n'avait pas seulement à combattre les ennemis du dehors : il lui fallait au dedans s'opposer aux exagérations de certains catholiques. Nous

1 l'.rfi. r, 1. p. 643.

' Reuter, Ciem. Al>'>-. Theol. mot*., p. 13

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