LIVRE IV
elle est devenue une propriété commune de l'un et de l'autre, et cette communauté produit l'union et la ressemblance. Mais cette ressemblance est imparfaite. Le fidèle connaît la vérité que connaît le maître, mais il ne la connaît pas comme le maître. Le maître, le Verbe, connaît la vérité en elle-même; il ne la croit pas, il la voit avec sa raison d'être et son rapport à toutes choses ; il la voit directement par un acte permanent, qui est sa vie même; de sorte que non-seulement il connaît la vérité, mais qu'il est cette connaissance même, qu'il est la raison (làyoç), la sagesse (oWa), la science {èitfoTYipri) , en même temps que la vérité et la vie. Quelle distance entre cette connaissance du Verbe et la connaissance du fidèle! Le fidèle connaît la vérité divine ; il la connaît certainement, mais sans la comprendre en elle-même dans son essence, dans sa raison d'être et ses rapports ; il la connaît par témoignage et non à la clarté de sa propre évidence. Voilà ce que donne la foi pure et simple.
Le disciple du Verbe doit-il en rester là? Quand la foi lui a livré les trésors de la science et de la sagesse de Dieu, doit-il les enfouir dans son cœur, et se contenter de la ressemblance imparfaite que lui donne cette possession avec le Christ révélateur? Non, sans doute, répond Clément, « Le Verbe ne veut pas que le fidèle soit oisif *. » Au delà de la foi, il y a pour le chrétien une connaissance à laquelle il doit aspirer par ses efforts, et que Dieu accorde à celui qui s'en montre digne. Ou plutôt la connaissance de la foi peut et doit faire dans le fidèle des progrès qui la rapprochent de plus en plus de la connaissance même du Verbe. Cette perfection de la foi, c'est la gnose.
i ioyov o-j fiovterou ûvcti zbv 'nfyréu'sot.vnx, b ki-pi. {Strom. I, 11, p. 84f».
Or voici les caractères qui distinguent la connaissance du gnostique de celle du fidèle.
Gomme le fidèle, le gnostique croit sans doute sur l'autorité du Verbe. Mais outre cette autorité sur laquelle s'appuie, comme sur sa base principale, la ferme adhésion de son esprit à la vérité révélée, il trouve dans l'intelligence raisonnéu et plus approfondie de cette vérité, sinon une certitude plus grande, du moins une lumière plus vive qui le prémunit plus efficacement contre le doute et Terreur. Non-seulement il possède la vérité, mais il la possède plus en propre que le fidèle, parce qu'il en a la connaissance intérieure, et qu'elle est pour lui tout ensemble objet de foi et objet de science, il ne la croit pas seulement, il la sait. «La foi, dit Clément, est la connaissance succincte « des vérités nécessaires à savoir ; la gnose au contraire « est la démonstration sûre et ferme du contenu de notre « foi, fondée sur la foi par la doctrine de Jésus-Christ, et « s' élevant jusqu'à une connaissance immuable et jusqu'à « une notion scientifique1. » Avant ce travail de la réflexion sur les données de la foi, le fidèle, nous lerépétoi est certain de ce qu'il croit; sa croyance n'est pas une opinion qui admette le doute ou l'incertitude. Mais sous un rapport elle est moins inébranlable que la connaissance du gnostique. Elle tient plus du cœur que de ^intelligence. Étrangère à la science, elle est plus exposée au\ sophismes savants de l'erreur, et moins habile à démêler le \ rai du faux dans les opinions humaines, » Ce n'est pas la simple « foi, dit le docteur alexandrin, mais la loi uni*1 à la « science qui sait discerner le vrai du Taux dans ce qu'on « lui propose "2. »
1 Strom VU, lo, p. 865.
2 Ibid, /, ii, p. 336.