LIVRE IV
« rien nous refuser de ce qui est propre à parfaire en nous « la connaissance1. » Du côté de l'homme, la connaissance n'est pas seulement limitée par sa nature et sa condition présente2, mais elle dépend encore des dispositions qu'il y apporte et des efforts personnels qu'il fait pour l'acquérir. D'où il suit qu'en dernière analyse, le chrétien n'entre vraiment en possession de la vérité révélée et ne parvient à cette ressemblance avec Dieu, qui est sa fin dernière, que dans la proportion des efforts qu'il fait pour comprendre la doctrine enseignée par le Fils ; de sorte que le degré de sa perfection et de son union avec Dieu peut se mesurer sur les progrès qu'il fait, avec le secours de la grâce, dans la connaissance divine.
C'est sur ce principe que Clément établit la supériorité de la gnose sur la foi, et la nécessité de l'étude et de la méditation pour s'élever de la seconde à la première. La foi suffit, disaient quelques catholiques, la science est inutile. Il faut distinguer, répondait Clément. Sans cloute, la foi suffit en ce sens qu'elle contient la vérité tout entière, la véritable connaissance de Dieu; qu'elle donne toute certitude et toute lumière, toute grâce et toute sanctification : ainsi considérée, la foi suffit, elle n'a besoin de rien, elle est parfaite parce qu'elle est l'expression de la vérité et de la sainteté divines, manifestées dans le Fils unique, dans le Verbe incarné. « Depuis que le Verbe est descendu des « deux, nous n'avons plus besoin d'écoles humaines; « nous n'avons plus besoin d'aller chercher la science à « Athènes, dans la Grèce et l'ionie. Ce maître qui a tout •< rempli de ses saintes vertus, de ses œuvres, de son
« Strom. VI, 8, p. 775.
* Ibid. Vy p. 047 : i»j)ov/à/5 fir,àévct jzork Svvtka$xi rcocpà ràv tîjs Çor?,i xpôvov rà > ©î2v Ivapy&ç y.xxcùct.Bë<sBxi.
« salut, de ses bienfaits, de ses lois, de ses prédictions, de « sa doctrine, nous enseigne tout ; par lui, la terre entière « est devenue Athènes et la Grèce1. » Ainsi la science humaine, la philosophie grecque ne peut rien ajouter à la puissance et à la perfection de la foi, considérée en ellemême, dans son auteur et dans son objet.
Mais on ne peut pas en dire autant si on la considère dans le fidèle. Car il ne suffit pas que le maître soii parfait, que son enseignement soit la vérité absolue et universelle, qu'il donne à son disciple la faculté de comprendre ce qu'il enseigne, le don de l'intelligence : tout cela serait inutile si le disciple ne correspondait par un effort personnel à cet enseignement du maître. Or, le premier acte de cette correspondance, c'est la foi. Par la foi, le disciple croit à son maître et à la vérité de sa parole. La foi est ainsi non-seulement la condition indispensable mais un premier degré de la connaissance subjective. C'est une vraie connaissance. D'une part, le disciple connaît son maître comme cligne de confiance; d'autre part, il connaît ce qu'il lui enseigne; enfin il connaît que ce qui lui est enseigné est la vérité. sur ce fondement que son maître ne peut se tromper ni mentir.
Cette connaissance vraie et certaine de la foi établi! une certaine resscmblanco entre le maître el lo disciple entre le Verbe incarné et le fidèle, et elle est. par conséquent, la base suffisante et le principe efficace d'une vie vraiment vertueuse, crime vertu vraiment sanctifiante. Le fidèle connaît la vérité que connaît le Verbe par renseignement qu'il en a reçu et l'adhésion qu'il lui adonnée. La vérité passé <l<i l'intelligence du maître dans celle du disciph
' ( '•■/.'.) / . ad •,' ni. Kl, p. 86 -<^7 •