‹ Clément d'AlexandrieChapitre 142 sur 226 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

de la vertu la définition même adoptée par l'école stoïcienne. « La vertu, déclare- t-il avec les stoïciens, est la « disposition immuable de l'âme soumise à la raison dans « tous les actes de sa vie. » Cette définition, Clément l'entend-il dans le même sens que les stoïciens? Il y a lieu d'en douter. D'une part, on l'a vu, pour les stoïciens la vertu n'était autre chose que la droite raison, et la raison ne trouvait sa parfaite rectitude que dans la science. D'autre part, la science ou la sagesse, telle qu'ils l'entendaient, était purement rationnelle et théorique. Elle avait sans doute un côté pratique en ce qu'elle supposait dans le sage l'empire absolu sur tous les mouvements de la sensibilité ; mais en elle-même, elle ne contenait rien que de purement intellectuel et ne s'obtenait que par les procédés naturels de la raison dans la recherche du vrai. La vertu devenait ainsi le privilège de la science, et la perfection morale, le droit exclusif du philosophe.

Est-ce là l'idée que Clément s'était formée et qu'il nous présente de la vertu ? A ne considérer que certains passages de ses écrits, sans tenir compte de l'ensemble de sa doctrine, l'on pourrait le croire avec quelque fondement. Il est certain qu'il fait la part très-large à la connaissance dans l'acte vertueux, et que sous ce rapport quelques-unes de ses affirmations paraissent identiques à celles des stoïciens. Ainsi , non-seulement il regarde la connaissance comme un élément nécessaire de l'acte moral, mais il semble déplus identifier, clans l'homme, la vertu avec la science ou la gnose. La gnose est à ses yeux, comme la science pour les stoïciens, la cause formelle et la racine de tout acte vertueux *. Tandis que celui qui est dans l'igno-

1 Strom. VI, 8, p. 771 : ^ y/:>\ X«t 'rr/nojcyb; 7T«3>K •Kp&imf >fly«f $ r, yvws^- '/v ■:''■/', ôiv.

rance est sujet au péché; relui qui est parvenu à la gnose esï aussi semblable à Dieu que possible, et tout Spirituel ]. Clément définit la gnose comme la vertu : une habitude ou une disposition immuable - qui est la perfection de l'homme en tant qu'homme, et qui, dans tous les actes de la vie pratique, est toujours en harmonie avec elle-même e1 le Verbe divin. Conformément à cette notion de la vertu, il affirme plusieurs fois en termes exprès que le gnostique seul est vraiment religieux3, que lui seul accomplit toujours et en toutes choses la plénitude du devoir, ou pratique la vertu parfaite (y.ar6pQ^y.a) , tandis que les œuvres du simple fidèle ne sont que des vertus moyennes qui suffisent sans doute au salut, mais n'ont pas la parfaite rectitude produite par la science 4, et ne donnent pas droit à la plénitude de la récompense céleste. Il est difficile, nous le répétons, de méconnaître l'affinité de cette doctrine avec le stoïcisme. Cependant cette affinité est moins dans les idi que dans les formules, et, sous P apparente conformité des principes et des conclusions, se cachent, nous allons le montrer, des différences essentielles.

La première et la plus importante de ces différences es1 celle qui distingue la gnose de Clément de la science stoïcienne.

Nous 1 avons dit, la science des stoïciens es) purement naturelle et théorique. C'est une connaissance raisonnée, dans laquelle ri entre aucun élément surnaturel et pratique, et (fui ne se peut obtenir que par l'exercice de la raison et

' Stvom. IV, 26, p. 040 : 'O yip lv AyvoUt à'v ifiafirrfrtxêç tz ivet, xxi y?.

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* i;':.-' û'iv ', '/v^i; fft» sc'tî £tâ#Sfft$ zhxi '/•■/■ato, y.. T. X. Sttom, 71". H, p.

619. —Cf. Vil 10, p. 864, «m Pmdag., 1. 18. p. 156. "• Strom, VII, 1, |>. 8-28.

'• Ibid. \'L 13, p 796

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