‹ Clément d'AlexandrieChapitre 155 sur 226 · LIVRE TV. 31 *î · texte numérisé non relu

LIVRE TV. 31 *î

« elle exclut tout trouble et tout changement '. Dieu ne « peut donc pratiquer la continence, n'étant sujet à aucune « émotion qu'il lui soit nécessaire de contenir2. »

Telle est la nature de l'apathie divine : elle est absolue. Dieu est essentiellement et absolument exempt de toute émotion passive et de tout sentiment qui implique en lui trouble, succession ou changement, 11 est, suivant l'expression adoptée par l'École, un acte pur.

En est-il de même du Verbe incarné, et Clément a-t-il attribué à Jésus-Christ une apathie de même nature que celle de son Père? On l'aprétendu3 en se fondant précisément sur le passage du sixième livre dont nous cherchons à déterminer le sens. Cette prétention n'est pas fondée.

Clément dit, il est vrai, que le Sauveur « était absolu- « ment impassible, n'ayant aucun mouvement de passion, « ni de plaisir, ni de douleur. » Est-ce à dire, au pied de la lettre, que, d'après notre saint docteur, le Sauveur n'avait le sentiment ni de la faim ni de la soif, ni de la douleur ou de la tristesse, ni delà frayeur et de tant d'autres passions marquées expressément dans l'Evangile? Dans ce cas, il faudrait ranger Clément parmi les Docètes et soutenir qu'il n'a pas admis la réalité de l'incarnation. Or les textes les plus formels s'opposent à ce qu'on attribue cette hérésie au savant prêtre d'Alexandrie.

En effet, il enseigne pour ainsi dire à chaque page de ses écrits l'incarnation du Verbe et la double nature, divine et humaine, du Sauveur. « Le Verbe, dit-il après saint « Jean, s'est fait chair afin de se rendre visible4. Pareil à « une perle précieuse dont le corps transparent et lucide

» Strom. II, 16, p. 466.

2 Ibid. p. 471.

3 Doehne, De Y-jusii, p. 105. Alii.

* Strom. V, 3, p. 654 : Qtkv b Xo'yaj ffà/&| ys'vvrraf. . .

« semble rayonner de lumière cl de vie à travers la co- « quille et le corps d'un poisson, ainsi le Verbe, Dieu in- « carné (crapxcaQeîç) , resplendit, lumière des âmes, à tra- « vers son corps transparent et radieux L Le Verbe, Fils de « Dieu, s'est revêtu d'une chair accessible aux cinq sens *.» Le Verbe s'est donc incarné : il a pris un corps réel, un corps sensible. Mais n'a-t-il pris que le corps humain? Non, répond Clément, il a pris l'homme tout entier : il s'est fait homme. « Le Verbe de Dieu lui-même te parle , « dit-il au monde païen, afin de faire rougir ton incrédu- « lité; oui, dis-je, le Verbe de Dieu, qui s* est fait homme, « afin que tu puisses apprendre d'un homme comment un « homme peut devenir Dieu3. Crois à P Homme-Dieu, « homme; crois au Dieu vivant qui a souffert, qui est « adoré; croyez, esclaves, à celui qui est mort '*. » Que peut-on demander de plus clair et de plus formel sur la double nature de Jésus-Christ? Il n'est pas étonnant, après cela, que Clément range les Docètes au nombre des hérétiques séparés de la véritable Église5. Sa doctrine sur l'incarnation du Verbe est donc orthodoxe. Le Fils de Dieu s'est fait homme : il a réellement pris un corps et une àme semblables aux nôtres.

Or il suit de là, par une conséquence nécessaire, que le Sauveur n'a pu être, sous tous les rapports, complètement impassible. L'homme, en effet, d'après Clément lui-même, est essentiellement (jc«tà vfa oMav) sujet aux passions. Le Verbe, prenant la nature humaine, a dû prendre ce qui est

1 l'ragni. Clem. Alex., p, 101 I.

« Strom. V, 6, p. 665.

5 Cohort. c. l, p. 8 : Na/eiqpt, o Kéyoç ~'j:j (->;',;, «v&pyrç©» ycvo/wo$.

* Ibid. C. X, p. 84 : ïlijT-jvov, AvBfiOiHt , »'//cy-w y.7.1 (-):

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5 Strom, ïrU, 17, p. 900.

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