‹ Clément d'AlexandrieChapitre 156 sur 226 · LIVRE IV. :J · texte numérisé non relu

LIVRE IV. :J

essentiel à cette nature, et par conséquent devenir passible en se faisant homme. C'est une conséquence qui n'a pu échapper à un aussi grand docteur que Clément. Aussi n'hésite-t-il pas à dire que le Verbe incarné a souffert, qu'il est mort. Il donne de plus la raison pour laquelle il a voulq prendre une chair passible et la nature humaine. « Le Verbe du Père, dit-il, sa vertu, sa puissance et sa « sagesse, est aussi le maître de ceux qui ont été formés « par lui. Nul plaisir ne peut le distraire du soin qu'il a « des hommes, lui qui, après avoir pris une chair passible « par nature, Ta formée à devenir impassible par habi- « tude1. Ayant pris une chair sensible, il est venu mon- « trer aux hommes qu'ils avaient des forces suffisantes « pour observer les commandements2. »

11 faut tenir compte de ces déclarations pour déterminer le vrai sens du passage cité du sixième livre. Evidemment elles ne permettent pas qu'on prenne au pied de la lettre ce que Clément y dit de l'apathie du Sauveur. En ôtant à Jésus-Christ la faim, la soif, le plaisir, la douleur et les autres passions de l'âme, ce n'est pas le sentiment qu'il lui veut ôter, mais la sujétion, la nécessité, en un mot, l'involontaire. Et tel est, en effet, le caractère de l'apathie du Verbe incarné. Elle diffère de l'apathie divine proprement dite en ce que Dieu n'éprouve et ne peut éprouver ni émotion sensible, ni mouvement passionné quelconque, tandis que l'Homme-Dieu sur la terre demeurait par sa nature humaine sujet au sentiment du plaisir et de la souffrance, de la joie et de la douleur. Ce qui le distinguait sous ce rapport du reste des hommes, c'est que,

1 Strom. VII, 2, p. 832 : "Og yz xai tïjv uckpxx t*jv èfj.na.6-?) pùosi yevo/j.svr^ v.vy./aoàiv d$ gftv v.-.vfiûxc, è-.c.îiïî-jcsv. * Ibid. p. 833.

d'une part, il était absolument exempt de la concupiscent . et que, d'autre part, il ne se produisait en lui aucun mouvement de passion involontaire. Tout, dans sa double nature, était soumis à la personne divine. La nécessité n'y avait nulle part.

En était-il de même des apôtres, et le gnostique, le chrétien parfait peut-il s'élever en cette vie jusqu'à n'avoir plus aucun mouvement de passion involontaire?

D'après l'enseignement commun des docteurs catholiques, non-seulement les apôtres 'parvenus au plus haut degré de perfection gnostique restaient sujets aux mouvements involontaires, mais encore, par la faiblesse commune de l'humanité dont ils ne pouvaient être tout à fait exempts, ils leur cédaient quelque chose. « Qu'y a-t-il . dit « saint Augustin, chez le nom eau peuple de Dieu de plus « saint que les apôtres? Et cependant le Seigneur leur a « ordonné de faire cette prière : Pardonnez-nous nos of- « fenses. 11 n'y a donc pour toutes les âmes pieuses qui « gémissent sous le poids de cette chair corruptible et dans « l'infirmité de cette vie qu'une seule espérance, c'est que « nous avons pour avocat auprès du Père, Jésus-Christ le « juste, et c'est lui qui nous obtient le pardon de nos o péchés '.

Nous pensons avec Le î\ourr\ et Bossue! que Clément n'avait pas un autre sentiment. Les fortes expressions qu'il emploie au sixième livre de ses Stromate* pour nous peindre l'apathie gnostique des apôtres el (\<>> parfait-.

1 Lib. III, Contr. duas epist. Pelag., c. \ , ^ 15 : Quid sanctius, m novo populo, apostolis ? Ei ta/men prxcepil eis Do-minus in orationê die ère : dimitte nobis débita nostra. Omnium igitw piorwn, svb hoc onere corruptibilis canin et i)i istius vitxinfirmitate gementium, spes uva est quod advocatum hal oïl Patrem Jesnni Christum justum et ipse est rnratio peccatofum-, — Cl nar, in p*. 14$, ziserm. 135 in Joann,

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