LIVRE I
Christ en se donnant pour chrétiens et en menant une vie plus licencieuse que les plus intempérants des gentils 1. »
Valentin ne fit que développer et systématiser d'une manière plus savante les principes de Basilides sur la foi. « Les Valentiniens, dit Clément, nous accordent la foi à nous autres gens simples, mais ils revendiquent pour eux seuls la science supérieure et le salut par droit de naissance, privilège qu'ils doivent à la surabondance de la semence divine mêlée à leur nature. Quant à la foi , elle est aussi loin de la science que l'âme (^uy;/j) de l'esprit (7:vsùp.a) 2. » Saint lrénée et Théodote 3 éclaircissent et complètent cette notion de la gnose valentinienne.
Les Valentiniens partageaient le genre humain en trois classes essentiellement distinctes , descendant en droite ligne d'Adam par Caïn, Abel et Seth : les hommes matériels ou hyliques (vXuzoï), les hommes animiques ou psychiques (^ukiko/), les hommes spirituels ou pneumatiques (nveupercxol). Les hyliques n'avaient rien de divin dans leur nature, suivaient l'opinion comme règle de croyance et de conduite, et étaient comme Caïn nécessairement dévoués à la mort éternelle. Les païens et les infidèles appartenaient à cette catégorie qui comprenait la plus grande partie du genre humain. Les pneumatiques étaient ceux en qui dominait l'élément spirituel, le divin o-rap^a, émané d'Achamot ou la sagesse. En vertu de cette nature privilégiée, ils avaient, comme Seth le premier Gnostique, la science (yvàaiç) et le salut. Élevés par droit de naissance
i Strom. III. 2, 3, 4, p. 510-529.
8 Ot à.rzb Oya^svTtvoy tv;v y.vj îiicrtv rolç xt:\oïç <k7T0Vzi.u.cx.vr£ç vj/*ïv, uutcîïç is T»jv yvwff/v toïç pùoei (JwÇo/JLévoii xaeràvou àiçtpépovTQç îrXeovsl'tav mx.ef.if.x-zo s huj:àpxs.i' Soi&.avrsu, futy.pôt <?/j ja^o^Gio/Aivvjv TtiaTsw? tj rb Trvivy.xTixbv tou tpvyuou "kéyovrsç . | Strom. II, p. 433, sq.)
s iren. Contr. Hœr. T, 6, p. %%.— Excery. Thend., liv. IV et VI, p. 982. Opp. Clem . Alex.
au-dessus de l'obligation morale, ils n'étaient nullement tenus à l'observation des préceptes de la loi, ni à la pratique des bonnes œuvres. Entre ces deux classes et à égale distance de l'une et de l'autre se trouvaient les psychiques, en qui l'âme, émanation du démiurge, dominait sur l'élément matériel. Comme Abel , les psychiques avaient en partage la raison et la liberté , et suivant l'usage qu'ils en faisaient ils pouvaient s'élever par la foi et par la pratique des préceptes évangéliqucs au rang des pneumatiques, ou s'abaisser par l'infidélité et la corruption à la triste condition des hyliques. L'activité intellectuelle et morale devait suppléer en eux à l'infirmité de leur nature incapable d'atteindre par elle-même à la science et à la sainteté du Gnostique. Les Yalentiniens reléguaient avec mépris les chrétiens soumis à l'enseignement extérieur de l'Église dans cette classe intermédiaire et leur laissaient la simple foi et la pratique des vertus morales et des préceptes évangéliques. Pour eux ils se donnaient le droit de vivre comme les disciples de Prodicus, lesquels, dit Clément, n'avaient d'autre règle de conduite que leur volonté ou plutôt leurs passions l. On le voit, il y a peu de différence entre la foi de Basilides et la gnose deValentin. L'une et l'autre ont le même fondement psychologique, la même nature; elles dérivent de la même source et vont se perdre dans la même immoralité pratique. La gnose de Valentin comme la foi de Basilidcs est un privilège de la nature spirituelle et divine. L'on n'y participe qu'autant, que Ton participe à la. substance divine» Plus l'émanation divine est abondante dans l'homme, plus il possède de connaissance. C'est là ce que Basilides appelle le privilège de la nature (irAte
1 I m uni 'il i olunt, vohtni milci» libidinose,