LIVRE i
Basilides avait enseigné que la foi était un don naturel (<fjor/7]y Trto-nv). Chacun n'y participait que dans la mesure déterminée à l'avance par celui qui existant de luimême avait produit et réglé toute chose K L'élection et la liberté personnelles n'intervenaient dans la formation de la foi qu'en conséquence de cette élection primitive, de cette prédestination réglée à l'avance dans le monde supérieur (wîrepkotfptXTrê ivlbym)* Il s'ensuivait, comme le remarque Clément2, que la foi n'était plus un acte de détermination volontaire , mais un privilège de la nature (irAeovÉxnjpe ©uugwç). Dès lors la foi comme l'incrédulité, dépourvues de tout caractère moral, échappaient à la récompense ainsi qu'au châtiment, puisqu'elles dérivaient l'une et l'autre d'une nécessité naturelle et antérieure dont le principe était un décret divin a. Toutefois en ôtant à l'homme le pouvoir de déterminer sa foi, Basilides lui en avait laissé le libre usage. L'homme pouvait , à l'aide de cette foi que lui apportait sa nature supérieure, combattre et surmonter les appétits instinctifs de sa nature inférieure. C'est du moins l'enseignement du fils de Basilides, Isidore, qui avait adopté le système de son père 4.
Mais les disciples sont ordinairement moins scrupuleux que leurs maîtres ou plus habiles à déduire d'un principe les conséquences qu'il renferme. Les Basilidiens ne respectèrent pas plus sur ce point que sur bien d'autres l'en-
1 S. Iren. Contr. Hœr., T, 24, p. 101. Paris. 1710
2 Strom. XI, p. 434.
3 Ibid. Cf. Strom. V, 1, p. 644 sq. : Basilides con firmabat^ dit Potter, interprétant ce passage très-obscur de Clément, intelligentiam eximiam fidem et regnum cœleste ad quosdam hommes natura pertinere; et per naturam eos, non autem per rectum arbitrii usum, Deo similes et propiriquos fieri, proinde fidem Mis a prima creahone absque prasvia exercitatione vel doctrina,insitam esse : unde eam vocat /.Tfows âvjTCîpdîTov (vel si maviS; y.vwnïpdsrov)
* Strom. II, p. 341.
seignement de leurs premiers docteurs et de leurs pères en hérésie. Ils renversèrent la digue impuissante que Basilides et son fils avaient prétendu opposer aux débordements d'une volonté irresponsable, et tirèrent logiquement du principe de la foi naturelle les conséquences morales qu'il contenait. Les maîtres avaient dit : Telle nature, telle foi : les disciples ajoutèrent : Telle foi, telle vie. 11 suffisait donc pour être sauvé d'être heureusement né (eûçvetç) l, d'avoir une nature privilégiée. Le fidèle ne pouvait pas pécher, ou s'il péchait le péché était un accident, un phénomène de sa nature inférieure dont il n'était nullement responsable. La corruption ne pouvait souiller ce qu'il avait de divin en lui , pas plus que la boue ne saurait ternir l'éclat de l'or. Pour lui les actions étaient toutes in dilfé rentes, et il pouvait sans rien perdre de sa sainteté s'abandonner à mutes sortes de mauvaises passions 2.
Clément avait sous les yeux le triste spectacle de la dépravation morale à laquelle avait abouti l'école de Basilides. Après avoir cité un passage des Morales d'Isidore, il ajoute: « J'ai reproduit ces paroles pour rappeler au devoir les Basilidiens, qui vivent dans le désordre et qui font de leur perfection (-ùzîcvnxct) un prétexte pour commettre limai, ou qui tout au moins se flattent d'être infailliblement U-ûuzi) sauvés, quand même ils pécheraient ici-bas, garce qu'ils sont prédestinés, disent-ils, par le privilège de leur nature (dix tyjv e/uupvrov ivîkoyw) . Evidemment les premiers auteurs de leur secte n'approuvaient pas une pareille morale. De grâce donc, ajoute le saint docteur avec une indignation contenue, qu'ils ne fassent plus blasphémer le nom de Jésus-
» Strom. I, p. «41.
--' Hàbere autem et rtliquarum operationum uswn indiffèrent*™ cl ma Ubidinis. (Iren. Contr. Hxr.. I. 24, p. 10?.)