LIVRE V
« adopter toujours ce qui parait plus évident à leur raison « privée, préférablement à ce que le Seigneur nous a en- « seigné par les prophètes et par P Evangile, et qui a été « établi et confirmé par le témoignage des apôtres 1. »
Enfin Clément insiste avec force, quelques pages plus loin, sur l'autorité divine de la tradition et de l'interprétation de l'Écriture par les Pères, en opposition avec l'amour des hérétiques pour les innovations. « Tous ceux-là, dit-il, « sont mus par l'ambition, qui cherchent à déterminer, « par de fausses interprétations, le sens des paroles qui « nous ont été transmises' dans les livres inspirés par « Dieu, ou bien qui, au moyen de conclusions trompeuses, « opposent les doctrines des hommes à la tradition divine, « afin de soutenir les opinions qui leur sont propres. Car, « en face d'hommes aussi versés dans la connaissance « ecclésiastique, que pouvait dire Marcion, ou Prodi- « eus, ou d'autres qui n'ont pas suivi le bon chemin? « Certes ils ne pouvaient pas prétendre à une sagesse su- « périeure à celle de leurs illustres prédécesseurs, ni con- « server l'espoir d'ajouter quelque chose à ce que ceux- « ci ont dit avec tant de vérité, et ils auraient bien mieux « fait, s'il leur avait été possible, d'apprendre d'eux ce « qu'ils nous ont transmis. Celui-là donc est seul gnostique « à nos yeux, dont les cheveux ont blanchi dans l'étude de « l'Écriture sainte, qui maintient fermement la règle de foi « des apôtres et de l'Église, qui vit conformément aux prête ceptes de l'Évangile, et qui, lorsqu'il a besoin de preuves, « les puise dans le Seigneur, la loi et les prophètes 2. »
Ainsi la gnose de Clément a pour règle la règle même de la foi, c'est-à-dire la révélation divine contenue dans
» Strom. VII, 16, p. 892.
2 Ibid. VIL 16, p. 896.
l'Écriture sainte et la Tradition, et interprétée par l'Église. Sous ce rapport, elle diffère essentiellement de la gnose hérétique, laquelle met au-dessus de l'autorité de la Tradition et de l'Église, dans l'interprétation de l'Écriture, l'évidence de la raison individuelle. Contrairement à l'hérésie, qui retranche ou ajoute à l'enseignement divin et soumet la parole de la vérité subsistante, de la raison absolue à la raison faillible de l'homme, la gnose catholique professe d'une part, que « la doctrine du Sauveur est parfaite par « elle-même, que rien n'y peut être ajouté , parce que « rien n'y manque 1, » et, d'autre part, que ce n'est point à la raison individuelle qu'a été confié le dépôt de cette doctrine et l'interprétation authentique des documents qui la contiennent, mais à l'autorité enseignante de l'Église. Le christianisme conserve par là ce double caractère, qu'il ne peut ni subir d'altération, ni prendre non plus de véritable accroissement. Mais si, considérée en elle-même, la doctrine révélée est inaltérable et complète, il n'en va pas de même dans le chrétien. La foi, condition nécessaire de son appropriation subjective, peut être plus ou moins parfaite, suivant que le fidèle entre plus avant dans l'intelligence et dans la pratique de la vérité révélée. Ce progrès, qui apporte plus de lumière et une plus haute sainteté au chrétien, sans apporter ni plus de vérité, ni plus de vertu sanctifiante au christianisme, est précisément ce que Clément appelle la véritable gnose, en opposition avec la gnose hérétique.
Il n'y a donc pas et il ne peut y avoir, suivant ces principes de notre saint docteur, une différence de nature entre la foi et la gnose; elles sont de même ordre, puisqu'elles
i Slrom. I, 20, p. 377.