‹ Clément d'AlexandrieChapitre 179 sur 226 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

« de ce genre (relatives à Tordre surnaturel). Mais les « choses qui sont en question ne peuvent devenir des « principes de solution, parce que la vérité objective leur « manque encore. D'après cela si nous nous attachons par « la foi à un principe impossible à démontrer, nous tirons « nécessairement de ce principe les preuves du principe « lui-même, et la voix du Seigneur nous enseigne la « vérité. Nous ne voulons pas de décision humaine ; les « hommes sont sujets à l'erreur, et il est permis de les « contredire. Or, quand il s'agit non-seulement de sou- « tenir une opinion, mais de prouver ce qu'on soutient, le « témoignage des hommes ne nous suffit pas ; nous prou- « vons ce qui est en question par la voix du Seigneur, qui « est plus certaine que toutes les preuves, ou qui, pour « mieux dire, est elle-même la preuve par excellence... « C'est ainsi que l'Écriture nous prouve la vérité des « Écritures, et que de la foi nous passons à la conviction, « d'après des preuves évidentes *. »

Ces paroles sont claires et formelles : la gnose a, comme la foi, l'Écriture sainte pour principe et pour règle absolue. Mais cette règle, tout absolue qu'elle est en elle-même, ne peut suffire à se défendre contre les altérations et les fausses interprétations dont elle peut être l'objet. Il faut donc à l'Écriture une autorité qui la conserve dans son intégrité et sa véritable signification. Clément ne l'ignorait pas. Alors, comme aujourd'hui, l'expérience montrait que le canon des Écritures ne pouvait se passer de l'autorité protectrice de l'Église. On en trouvait la preuve dans la légèreté et l'arbitraire avec lesquels les Gnostiques excluaient du canon tel ou tel livre de l'Ancien ou du Nou-

» Strom. VI, 11, p. 7*6.

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veau Testament, et donnaient à ce qu'ils en conservaient une signification conforme à leurs propres idées ou à leurs passions.

« Sans doute, dit Clément, tous les hommes ont la même « intelligence ; mais ils s'en servent d'une manière diffé- « rente : les uns suivent l'attrait de la grâce et l'inspira- « tion du Verbe, et parviennent à la foi ; les autres s'a- « bandonnent au contraire à leurs passions, et détournent « le sens de l'Écriture, d'après leurs caprices... Mais ceux « qui n'ont pas reçu de la Vérité même la règle de la vérité « doivent nécessairement tomber dans les plus graves « erreurs. Ceux qui ont quitté la bonne route doivent se « tromper sur beaucoup de détails ; et cela se comprend « facilement, car ils n'ont plus de règle qui leur puisse « servir à distinguer le vrai du faux, afin de choisir le « premier * . »

Cette règle nécessaire pour distinguer le vrai sens des Écritures des fausses interprétations qu'on peut leur faire subir, c'est la tradition vivante de l'Église. Clément s'en exprime de la manière la plus formelle et à plusieurs reprises. « Tout est manifeste, dit l'Écriture, pour ceux qui « ont l'intelligence, c'est-à-dire pour ceux qui conservent a intacte, selon la règle de foi de l'Église, l'interprétation « donnée par le Sauveur aux Écritures-. Il n'est donc « jamais permis de transgresser la règle de l'Église \

Clément compare ailleurs ceux qui repoussent du pied la tradition de l'Eglise, et qui passent ainsi du côté des hérétiques, à ces compagnons d'Ulysse que Circé avait changés en bêtes4. Puis il ajoute : « On voit les hérétiques

i Strom, VII, 10, p. 8!)u.

1 Ibid. VI, 15, p. 803.

3 Ibid. VIL 15, p. K87.

* Ibid. VII, 16, p. mu.

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