LIVRE V
qui s'y sont dignement préparés et cherchent avec ardeur la science de la vérité 4. »
Si telle était la vraie doctrine de Clément, il est évident que la pensée philosophique deviendrait en dernier ressort juge du sens des Écritures, et que, sous ce rapport du moins, la gnose du docteur alexandrin toucherait d'assez prêt à la Gnose des hérétiques et à l'examen privé du protestantisme. Mais ici encore on prête à Clément une contradiction dans laquelle il n'est pas tombé. Pour le prouver, il nous faut exposer avec quelques détails ses principes sur l'interprétation de l'Écriture sainte.
Nous avons deux moyens de connaître les principes de Clément touchant l'interprétation des livres sacrés, à savoir les erreurs qu'il signale, et les règles qu'il établit en cette matière.
Or nous voyons d'abord qu'il s'élève avec force contre ceux qui donnent à la parole divine un sens charnel (<rapxr/.w; voovvreç ràç ypacpaç), c'est-à-dire un sens inconciliable avec la nature spirituelle de Dieu. Il paraît que quelques catholiques n'étaient pas assez prémunis contre cette aberration juive. Car voici en quels termes s'exprimait notre savant docteur :
« Nous ne cessons pas, ce semble, d'entendre les Écri- « tures d'une manière charnelle, et, séduits parles phé- « nomènes de notre âme, nous nous représentons la voie lonté impassible de Dieu semblable à notre volonté émue « par les passions. Que si nous nous imaginons que les « choses sont dans le Dieu tout-puissant telles qu'il nous « est donné de les entendre, nous tombons dans une erreur « impie. Car Dieu ne peut être exprimé par la parole tel
) Doehne, De rvwîst, \>. 59.
« qu'il est. Los prophètes nous ont donc parlé le langage « que nous pouvions entendre, enchaînés que nous som- « mes dans une prison de chair ; car le Seigneur a voulu « pour nous sauver s'abaisser et s'accommoder à notre « faiblesse. Ainsi parce qu'il veut que celui-là soit sauvé « qui observe les commandements et fait pénitence de ses « fautes, et parce que l'espérance du salut nous réjouit, « Dieu parlant par la bouche des prophètes s'attribue « notre joie comme si elle lui était propre. C'est ainsi en- « core qu'il emprunte le langage de l'homme lorsqu'il dit « dans l'Évangile : fai eu faim et vous m'avez donné à « manger; fai eu soif et vous m'avez donné à boire : car ce « que vous avez fait au plus petit de ceux-ci, vous me « l'avez fait à moi-même. De même donc qu'il est nourri. « sans l'être réellement, dans la personne de ceux qu'il « veut qu'on nourrisse, de même il se réjouit, sans aucune « espèce de changement, de la joie de celui qui a fait pé- « nitence comme il le désirait *. »
Les hérétiques suivaient, comme nous l'avons dit déjà, une méthode d'interprétation qui n'était pas moins dangereuse pour la foi. Aussi Clément ne s'élève pas avec moins d'énergie contre la légèreté et l'arbitraire avec lesquels ils traitaient le canon des Écritures et en corrompaient le sens.
« Ce sont eux, dit-il, qui, en lisant les divines Écritures, « en corrompent le sens par leurs inflexions de voix, afin « de le rendre conforme à leurs passions, et qui par la « transposition de certains points et de certains accents, a font servir à leurs plaisirs les sages et utiles préceptes « de la loi divine 2. »
i Strom. II, 10, p. 46*î
■i Ibid. III, 1, i». 589.