‹ Clément d'AlexandrieChapitre 184 sur 226 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Ailleurs après avoir dit que les hérétiques, selon leur caprice, excluaient du canon tel ou tel livre de l'Ancien et du Nouveau Testament, Clément ajoute :

« Alors même qu'ils veulent bien admettre les livres des « prophètes, tantôt ils ne les veulent pas tous, tantôt ils ne « les prennent pas dans leur entier, ni de la manière que « la liaison et l'ensemble de la prophétie l'exigent ; ils « cherchent au contraire quelques termes équivoques, les « interprètent selon leurs idées particulières, en suppri- « ment un mot d'un côté, un mot de l'autre, ne s'occu- « pent pas du sens des expressions, mais seulement du son « tel qu'il se présente.... Voulant donc répandre des nou- « veautés parmi le peuple, ils se mettent en contradiction « flagrante avec tout le canon des Écritures, et toujours « confondus par nos réfutations, ils n'en continuent pas « moins à nous contredire, tantôt en refusant d'admettre « certain livre prophétique, tantôt en nous attribuant une « nature inférieure à celle dont ils sont partagés, laquelle « nous rend incapables de comprendre les vérités dont la

« connaissance est leur privilège exclusif Leur règle

« constante est de préférer ce qui leur paraît évident à ce « que le Seigneur nous a enseigné par les prophètes et par « l'Évangile, et à ce que les apôtres ont attesté et confirmé

« par leur témoignage Cherchant, non à trouver la vé-

« rite, — car ils méprisent comme indigne d'eux l'enseigne- « ment ordinaire et à la portée de tous que donne l'Église, « — mais à s'élever au-dessus de la foi commune, ils ont « dévié de la vérité 1 . »

A cette manière arbitraire d'interpréter ou plutôt d'altérer et de fausser le sens des livres divinement inspirés,

» Strom. VII, 16, p. 891,892.

Clément oppose la règle suivante, que nous trouvons aussi dans saint Augustin et dans tous les commentateurs catholiques de l'Écriture *.

« Ce n'est point, dit-il, en changeant la signification des « paroles sacrées qu'on trouvera la vérité; ce serait, au « contraire, le moyen infaillible de détruire la vraie doc- « trine : on la trouvera, d'une part, en considérant ce qui « convient le mieux au Seigneur et au Dieu tout-puissant, « et ce qui est le plus conforme à la perfection de sa naïf ture, et, d'autre part, en confirmant le sens d'un texte par « le sens d'un autre texte semblable, » c'est-à-dire en interprétant l'Écriture par elle-même2.

De ces passages comparés à ceux que nous avons produits dans les chapitres précédents, on peut remonter aux principes d'herméneutique sacrée, adoptés par Clément d'Alexandrie. D'après ces principes, le sens de la sainte Écriture se doit déterminer : 1° par la comparaison d'un passage obscur avec ceux qui expriment plus clairement la même vérité ; 2° par la tradition ; 3° par les interprétations des apôtres et des Pères ; 4° par la connaissance des langues et des sciences humaines, particulièrement de la philosophie, de la dialectique, de l'astronomie, etc., etc. ; 5° par la considération attentive du contexte3. Enfin outre ces moyens extérieurs, Clément exige de l'interprète des dispositions intérieures, un désir ardent de la vérité, l'absence de tout système particulier, adopté à l'avance, une intention pure et surtout une innocence de vie qui le rende digne de la lumière divine. Clément ne croit pas que l'intelligence soit indépendante du cœur dans la recherche de

' Aug. De Doctrina chr., lil> . III. cap. u, m, i v, et xxyii, x\\ m.

0 Strom. VII, 16. p. Rftl.

• Ibid. I. !). p. :!ll -.,. ci. I. .-s ,,. I24sq., M VI, I". |». 781.

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