LIVRE V
n'a ni intelligence, ni âme, ni vie, ni essence, ni détermination quelconque. En un mot, le premier principe est purement et absolument premier principe. Il est à luimême tout ce qu'il est, et il cesse d'être lui-même dès qu'il est déterminé. li faut de toute nécessité, sous peine de le détruire, en éliminer tout attribut, toute qualification, toute détermination, et arriver, par cette méthode d'élimination, jusqu'à l'unité pure, à la simplicité absolue, laquelle est Dieu.
« Ainsi Dieu ne peut être ni qualifié, ni défini, ni nommé, ni pensé : car le définir, le qualifier, le nommer, le penser, c'est le déterminer. Or tout ce qui est déterminé n'est plus l'unité pure, la simplicité parfaite, et par conséquent ne peut être le premier principe. Donc le premier principe, l'Un, c'est-à-dire Dieu, est radicalement inaccessible à la raison de l'homme : car pour le connaître la raison humaine ne peut s'appuyer sur rien l. »
Telle est la suite de déductions par lesquelles Plotin s'efforce de démontrer que Dieu est, par sa nature même, absolument inaccessible à la raison de l'homme.
Pour arriver à cette conclusion, Plotin, comme on le voit, au lieu d'attribuer à Dieu l'être et l'intelligence dégagés des conditions qu'ils subissent dans les êtres créés, dans la nature contingente, le déclare absolument supérieur à l'intelligence et à l'être \ Il le réduit à l'unité abstraite des Eléates, dont on ne peut même pas dire qu'elle est quelque chose 3. Plotin déclare que Dieu est inaccessible à la raison; qu'il est au-dessus de l'être, non pas parce que Dieu ne peut ni être, ni être connu de la même façon
i Cf. Doehne, De rvoiwc, p. 79-82.
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;î Enn.,V, liv. III, ch. xn. — Cf. J. Simon, Hist. deVÉcole d'Alexandrie, t. I", p. 285.
que les autres êtres, ce qui est profondément vrai, mais parce que, en réalité, il n'est ni être, ni intelligence, d'aucune façon.
Il semble qu'en refusant ainsi à son Dieu toute réalité ontologique, Plotin se fermait la voie à toute spéculation ultérieure, et devait nécessairement aboutir au scepticisme. Cependant, le philosophe néoplatonicien ne paraît pas se douter de cette conséquence nécessaire. Quand il parle de la nature du premier principe, il ne fait que nier; mais il affirme quand il traite de sa fonction comme source éternelle de l'être et de la connaissance, sans chercher à concilier ses affirmations et ses négations contradictoires.
Ainsi, tout en enseignant que Dieu ne peut être connu de la raison humaine, Plotin se glorifiait néanmoins de le connaître et d'en donner la connaissance à ses disciples. Gomment faisait-il cadrer des prétentions si opposées? Au fond, par le même procédé que les Gnostiques et tous les panthéistes, par l'identification du sujet connaissant et de l'objet connu.
Toutes choses, d'après Plotin, existent par émanation de l'Un, qui engendre d'abord l'intelligence, laquelle, à son tour, produit l'âme universelle, ou le démiurge. L'âme humaine, comme tout le reste, est une portion de Dieu, ei ne saurait en être séparée. « Et de fait, disait-il, nous ne sommes pas loin de lui, mais nous sommes en lui ! et lui. à son tour, n'est pas loin de nous; il est nôtre (oiyMov i<7Ti) ; car nous sommes une participation de la nature divine elle-même1. Pour approcher de Dieu et le connaître. il ne faut donc pas le chercher hors de soi; il est en nousmêmes2. De même que nous n'apercevons le soleil qu'à
1 Enn.i VI, liv. IT, oh . m.
* Ibiâ., VI. liv. V. «■],. i«