LIVRE V
connaître la nature des choses, il es! nécessaire de remonter à leur origine et de connaître la nature de leur cause. Mais ce principe n'est pas exclusivement propre au néoplatonisme, et Ton peut dire qu'en un sens il est commun à tous les systèmes qui ont pour objet d'expliquer les rapports de Dieu et du monde.
Aussi Doehne n'insiste pas sur ce premier rapprochement, qu'il trouve lui-même peu concluant pour sa thèse. Mais où Clément lui paraît ne pouvoir être excusé de néoplatonisme, c'est dans sa théorie de la connaissance de Dieu et de la nécessité de la révélation.
Le néoplatonisme de Plotin avait cela de commun avec la Cabbale, la Gnose hérétique, la théurgie et la théosophie païennes, qu'il professait pour la raison humaine le même dédain que pour la foi chrétienne ; mais il en différait en ce que, par une contradiction manifeste, il s'appliquait à prouver scientifiquement que la raison est impuissante à s'élever jusqu'à la connaissance de Dieu. Plotin ne se contentait pas d'affirmer que Dieu est essentiellement et absolument inaccessible à la raison humaine, il cherchait à le démontrer, et à donner ainsi à son mysticisme un caractère scientifique. Voici comment il procédait dans cette démonstration :
« Dieu est le principe d'où émanent toutes choses. Or le principe d'où tout émane est nécessairement antérieur à tout; de sorte que rien ne peut ni exister, ni être conçu avant lui. Il s'ensuit que tout ce qui n'est pas le premier principe le suppose, et a besoin de lui pour être. Le premier principe, au contraire, n'a besoin de rien pour être ; il est par lui-même, ou en lui-même, sans cause étrangère comme sans besoin. La cause n'a pas besoin, pour être, de l'effet qu'elle produit, et, par conséquent, la cause uni-
m CLÉMENT D'ALEXANDRIE.
verselle n'a besoin de rien, puisqu'elle a tout produit. » De ce que le premier principe existe par lui-même, est à lui-même sa propre cause et la cause de tout, et, à ce titre, n'a besoin de rien, Plotin conclut qu'il est absolument simple. « En effet, poursuit-il, tout ce qui est composé ne se suffit pas à lui-même, car les parties dont il se compose, pour devenir un tout, ont besoin de l'unité : l'unité au contraire n'a pas besoin d'elle-même, puisqu'elle est unité, et non pluralité. De plus, le composé a besoin d'autant de choses qu'il a de parties ; car chaque partie ne pouvant faire un tout que par son union avec toutes les autres parties, ne peut évidemment se passer d'aucune de ces parties. Donc, conclut Plotin, tout composé présuppose, et pour être un et pour être un tout, l'existence ou la notion d'autres choses antérieures à lui ; et puisque le principe de toutes choses est son propre principe, il doit être souverainement un, absolument simple.
« Si le premier principe est essentiellement un, absolument simple, il s'ensuit, continue Plotin, qu'il est inaccessible à la raison. En effet, la raison ne connaît les êtres que par leurs attributs. Or le premier principe n'a aucun attribut. Etant le principe d'où émanent toutes choses, il n'es! lui-même ni toutes ces choses, ni aucune de ces choses : il est avant toutes choses et devient toutes choses. En d'autres termes, la simplicité du premier->principe consiste en et1 qu'il n'est que principe, et qu'on ne peut dire ni penser de lui autre chose, sinon qu'il est principe. Tout ce qu'on pourrait lui attribuer de plus, comme l'intelligence, l'âme, la vie, l'essence, tout cela est incompatible avec l'idée de premier principe , car tout cela suppose un premier principe qui en est la cause. Tout cela ne peut (leur convenir au premier principe, et il faut dire que le premier principe