‹ Clément d'AlexandrieChapitre 210 sur 226 · T. IVRE V · texte numérisé non relu

T. IVRE V

« naire ; quant à la contemplation nous procédons par voie « d'analyse, nous élevant par cette méthode jusqu'à la « première Intelligence, en prenant pour point de départ « les choses qui lui sont inférieures. D'abord nous écar- « tons, par abstraction, toutes les qualités naturelles des « corps, et les trois dimensions, profondeur, largeur, lon- « gueur. Ce qui reste après cette opération est le point « mathématique, ou l'unité, pour ainsi dire, ayant une « situation1. En éliminant cette situation, on arrive à la « conception de l'unité pure. Si donc, écartant toutes les « qualités des corps et des choses dites incorporelles, nous « nous jetons dans la grandeur du Christ, pour nous « avancer de là par la sainteté jusque dans son immen- « site, nous parviendrons ainsi à une certaine intelligence « du Tout-Puissant, moins en connaissant ce qu'il est que « ce qu'il n'est pas. Forme et mouvement, situation et « siège, aussi bien que le lieu, la droite et la gauche, sont « des choses qui ne peuvent être attribuées même par la « pensée au Père de tous les êtres, bien qu'on les trouve « dans l'Écriture... La première cause n'est donc pas ren- « fermée dans un lieu, mais elle est au-dessus du lieu, au- « dessus du temps, au-dessus de tout nom, au-dessus de « toute pensée 2. » Clément ajoute un peu plus loin qu'il est difficile de parler et de donner une démonstration scientifique du premier principe. « Comment en effet, dit-il, « parler de celui qui n'est ni genre, ni différence, ni espèce, « ni individu, ni nombre, ni un accident quelconque, ni « quelque chose qui puisse être le sujet d'un accident? On « ne peut dire non plus qu'il soit un tout, car le tout sup- « pose la quantité et d'ailleurs le tout doit avoir un prin-

'2 Strom. V, 11, p, G89."

« cipo; on ne peut également lui supposer de parties, car « l'Un exclut toute division 4. »

Le docteur alexandrin conclut de là qu'on ne peut donner à Dieu aucun nom qui lui convienne proprement ; que si nous l'appelons l'Un, le Bon, l'Intelligence, l'Etre lui-même, le Père, Dieu, Créateur ou Seigneur, nous ne parlons pas ainsi comme proférant son vrai nom ; mais à cause de notre disette à cet égard nous employons de beaux noms afin que notre pensée se puisse fixer2. Enfin, Clément ajoute que Dieu, dans sa nature intime, échappe à la pensée et à la compréhension de l'homme, que nous ne le comprenons pas et ne pouvons le comprendre, ni proprement le démontrer 3.

Il y a certainement entre ce langage et celui de Plotin des analogies verbales : mais c'est à quoi se borne la ressemblance.

Que veut dire Clément? Nous l'avons expliqué ailleurs \ Il veut établir, non pas que Dieu ne peut être ni connu, ni défini, ni démontré d'une manière quelconque; mais qu'il ne peut être ni connu dans sa nature intime, ni nommé d'un nom qui exprime tout ce qu'il est, ni démontré par un principe qui lui soit supérieur. La raison qu'il en donne n'est pas celle de Plotin ; son Dieu n'est pas l'unité abstraite de Parménide, qui n'est ni être, ni intelligence, ni force, ni volonté. Le Dieu de Clément est l'unité,, mais l'unité subsistante, intelligente, créatrice. Seulement Clément ajoute. ce qui est la doctrine de tous les Pères, que cette substance, que cette intelligence, que cette force essentielles à la

« Strom. V, 12, p. 695.

-' Ibid.

» IbiiL, p. B96.— Cf, Sirom. IV, 23, p. 635;!/, 2, p. 431.

* Voir 1 iv. III, oh. Il, p. 1 16 sq.

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