LIVRE V
Quant au petit traité Quis dives salvetur? que Fabricius
appelle un livre pieux et tout à fait digne d'être lu1, il est tellement remarquable que Reuter n'hésite pas à déclarer qu'on trouverait difficilement dans les écrits herméneutiques des Pères de l'Église une interprétation aussi sage, aussi judicieuse du passage de l'Évangile qu'y commente le docteur alexandrin 2.
Dans ces trois ouvrages, la doctrine de Clément ne différant pas de l'enseignement commun des Pères, le doute ne peut subsister que pour les Stigmates 3 ; et c'est en effet touchant l'orthodoxie de quelques passages de cet écrit que se partagent les opinions.
D'une part, Photius tout en reconnaissant que les Stromates, loin de reproduire les erreurs qu'il reproche aux Hypotyposes, en sont au contraire sur plusieurs points la réfutation, ajoute cependant qu'on y trouve quelques propositions malsonnantes 4. A sa suite plusieurs théologiens au nombre desquels Benoît XIV, le père Petau, Bellarmin, Aubert le Mire5, outre quelques auteurs plus récents que nous avons réfutés ailleurs, ont signalé certains passages qui leur semblaient erronés.
D'autre part, les savants bénédictins Le Nourry , Geillier,
1 Librum pium et lectione imprimis diynum, qui inscribitur Ti$ b ao^ô/js-^^ 7T>(j"Js£Ss. (Fabric. Bibl . lib. V.)
2 In prœstantissimo , qui inscribitur Quis dives salvetur?... Non facile quis mvcniatur Ecclesiae cathoîicœ, pater, qui de eo Scripturœ sacrœ loco... tara sanum quant Clcmens Alexandrinus judicium élocutus sit. (Reuter, Clem. Alex. Theol. moraliSj, p. 35.)
3 Nous ne parlons ni des Excerpta ex scriptis Theodoti, ni des Eclogx ex scrvptv/ris prophetarum, ouvrages dont l'authenticité est plus que douteuse.
4 Aû'tvj <?2 h twv ZTpo/j.zzéow fèLZÏOi è-nccyou o'jy byi&ç JfaJiOjuêâvgt, où //.s'vTîtyï W777Î/Î xi \'-0TJ-'j'i'7zti , vJly. /.xi npoç "no'kkù TWV è/.û oix/jû/sitcu. (Phot., loc. cit.
5 Bull., p. 126 et 128. — Non desunt, dit Bellarmin, in hoc insigni auctore sententix càiquœ qux érrorem sapiunt, quas in libris nostris coniroversiarum notavimus, etc. — TJtrum autem sententix illse àb hœreUds insertse sinh ut ali^ qui pie creduntj uni auctori nuire humâno cvciderint, ignoramus.
Galmet, les Bollandistcs, le père Armât et beaucoup d'autres auxquels on peut ajouter, parmi les modernes, Mœhler et le savant évêque de Grenoble, se sont appliqués non sans succès à démontrer, qu'à part certaines opinions singulières qu'on trouve dans presque tous les premiers Pères de l'Eglise, il n'y arien dans les écrits qui appartiennent certainement à Clément et particulièrement dans ses Stromates, qui ne puisse être interprété dans un sens rigoureusement catholique. L'exposition de leurs preuves et la discussion des textes nous entraîneraient au delà des bornes que nous nous sommes tracées dans cette étude. Nous remarquerons seulement que le texte principal qu'invoque le père Petau et que reproduit Benoît XIV pour établir que Clément n'admettait pas l'égalité et la consubstantialité du Fils avec le Père i ne prouve rien , comme l'a victorieusement démontré, après clom Le Nourry, le vénérable et judicieux auteur de Y Histoire du dogme catholique 2.
11 reste toutefois une objection grave contre l'orthodoxie du savant prêtre d'Alexandrie. Nous voulons parler du décret du pape Gélasc, qui met les ouvrages de Clément au nombre des livres apocryphes. Ce décret, que nous lisons dans la collection des Conciles du chanoine Bini 3. fut porté dans le concile de soixante-dix évêques tenu à Rome Tan Û94, et présidé par le pape Gélase. Le but que se proposait le souverain pontife par la célébration de ce concile, dit Baroniutj4, était de maintenir dans toute sa pureté la communion et l'unité de l'Église catholique. A cette Fin, non-
1 Petavius, tomo II Theologicorum Dogmatwm, lib. I, cap. iv. num. I. *t<i Clementem sugiïlat : « Natiwam, ait. Filii omnipotenti Deo citimtttn ess#; quod Platonici et Ariani dogmatis indolem sapit. » [Bull., p. 126.]
- Voir le chapitre précédent, p. 440, sq. Concilia Sev>erini Binix, t. II, |>. 264. Cologne, L606<
'■* Ann. Eccles., ad ann. 494, t. VI, p. 490