‹ Clément d'AlexandrieChapitre 221 sur 226 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Le docteur alexandrin ne se contentait pas, dans ses écrits, d'exposer la doctrine catholique. Sur chaque article du dogme il mettait en regard de l'enseignement de l'Église, les opinions diverses des hérétiques et des philosophes dont son immense érudition lui avait acquis la connaissance. Il faisait ensuite la part du vrai et du faux dans ces opinions, et arrivait par cette discussion et par cette élimination de l'erreur à la démonstration du symbole catholique. Cette méthode que nous lui voyons recommander et pratiquer dans ses Stroniates, il la suivit probablement dans ses Flypoty poses, dont l'objet, comme nous le disent Eusèbe et Photius, était l'interprétation des Écritures tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. Conformément à ses principes et aux exigences de la polémique il dut, dans cet ouvrage, exposer, pour les réfuter, les diverses interprétations de l'Écriture au moyen desquelles les Gnostiques cherchaient à propager leurs erreurs. C'est ainsi qu'on s'explique comment les Eclaircissements dont parle Cassiodore, et les fragments publiés par Potter à la suite des ouvrages de Clément, sous le titre de Extraits de Théodote et de Choix des écrits des Prophètes, ont pu être attribués au docteur alexandrin. 11 est possible en effet qu'ils aient été tirés soit des Hypotyposes, soit de quelque autre ouvrage de Clément, par la main d'un faussaire hérétique, lequel en aura fait disparaître la réfutation qui les accompagnait, afin de faire passer sous le nom vénéré du maître d'Origène des erreurs qu'il condamnait1.

Quoi qu'il en soit du mode dont la falsification des Hypotyposes s'est accomplie, le fait lui-même ne paraît pas contestable, et les preuves que nous venons de produire nous

1 Cf. D. Calmet, Hist. univers., lib. LVI, t VI, n05 10(3 et 109.

autorisent à conclure avec Mœlheret la plupart des critiques modernes, tant protestants que catholiques : « 11 est plus « que probable que cet ouvrage a été falsifié par des « hérétiques *. »

Dans cet état de choses, il n'est pas possible, en saine critique, de tirer du témoignage de Cassiodore et de Photius, touchant les ouvrages perdus de Clément, un argument de quelque valeur contre l'orthodoxie de cet illustre docteur.

Clément offre-t-il plus de prise à la critique dans ceux de ses écrits que le temps a heureusement respectés? Il faut distinguer entre ces écrits qui sont, on le sait, Y Exhortation aux Grecs, le Pédagogue, le petit traité qui a pour titre : Quel riche sera sauvé? et enfin les Stromates. Les critiques tant anciens que modernes sont à peu près unanin pour louer sans restriction les trois premiers ouvragi s. Photius, d'accord sur ce point avec Eusèbe et saint Jérôme, parle de la manière la plus favorable du Pédagogue et de X Exhortation aux Gentils'*. Doehne. l'un des critiques modernes les plus contraires à l'orthodoxie de Clément, reconnaît aussi que ces deux ouvrages ne contiennent rien qui ne soit conforme à la doctrine catholique et il tire même de ce fait la conjecture inadmissible que le savant prêtre d'Alexandrie avait deux ensrigurments, l'un commun, exotérique, l'autre particulier, ésotérique, prétendani que cette hypothèse est le seul moyen de concilier les contradictions que l'on trouve dans ses ouvrages 3.

l Patrol, t. II. p. 38.

s Psedagogvks, tribus libris conscriptus, vitam moresque informât : quibus et aiium quemdam preemittitj adjunqitque singularem librum [l'Exhortation . gt*o Gentium refellii impietatem. Nihu autem similehabent hiomnescum Hypotyposihus. quando et stolidis Mis ac blasphemis opinionibus otnnino vacant, et dictio vpsa, in his floridior ad temperatam quamdam gravitatem non sine jucunditate adsurgit, et varia illa. quain eis est, rerum cognitiOj nihil habit minus conveniens. Photius, /. c.

3 Doehne, De rvfiteït, |>. 68-76.

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