‹ Clément d'AlexandrieChapitre 25 sur 226 · LIVRE ï · texte numérisé non relu

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philosophie ol la religion païenne, une secrète alliance que les progros du christianisme ne firent que rendre plus intime et plus étroite. Aussi les chrétiens n'eurent-ils pas d'ennemis pins acharnés et plus redoutables que les professeurs de belles-lettres et de philosophie. Ceux-ci ne se contentaient pas de combattre dans leurs écrits la religion nouvelle des barbares, ils en faisaient clans leurs écoles un but constant de railleries. Plus d'une fois ils excitèrent le gouvernement à prendre des mesures violentes contre les disciples cle Jésus-Christ l. L'on comprend que les victimes d'une haine si ouverte aient conçu de vives défiances et de fortes préventions contre une science au nom de laquelle ils se voyaient persécutés, et qu'ils aient attribué à la philosophie elle-même l'abus qu'en faisaient contre eux les philosophes.

Ces préventions des chrétiens se fortifiaient d'autant plus qu'ils comprenaient moins l'utilité et le secours qu'ils pouvaient tirer de la science profane. Le christianisme était une religion positive et divine; il était, d'après la doctrine de l'Apôtre, le résumé de toute vérité. A quoi bon y ajouter la philosophie? Les chrétiens n'avaient pas besoin de curiosité après Jésus-Christ, ni de recherches après l'Évangile. Ils étaient appelés non à discuter, mais à croire, non à repaître leur esprit de spéculations stériles, mais à servir Dieu et à gagner le ciel par l'exacte observation de sa loi. Que pouvait-il donc y avoir de commun entre \thènes et Jérusalem, entre l'Académie et l'Église2? A quoi

» S. Theoph. ad Autolycnm, lib. I.— S. Justin. U, ApoL, g 3. - Tatiani, Contra grœcos orat., § 19. — Orig , Adv . Cels., passim. — Cf. Baron., Ann. eccl., ad annum LXXV, Vil. — Uossuet, Hist., univ., IIe partie. — Luciani Prendomantis et Peregnnus. Cf. Cappe ron nier, M émoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXVIII.

- Tertull., Pr.vscrip . adv. h.rr., c. vu.

bon connaître la raison dernière des choses, savoir, par exemple, pourquoi et comment le soleil et les autres astres accomplissent leurs révolutions? De quelle utilité pouvaient être pour un chrétien l'étude des théorèmes de géométrie, la connaissance de la dialectique et les autres sciences spéculatives, puisqu'elles étaient impuissantes à nous enseigner et à nous faire accomplir nos devoirs ] ? D'un autre côté, la foi étant une force divine n'avait besoin, pour triompher des résistances de l'esprit humain et pour entraîner sa soumission, que de sa propre puissance. L'art de la persuasion, les ornements du style, les charmes de la parole, et toutes ces formes de discours inventées par les rhéteurs et par les sophistes pour gâter le cœur en flattant l'oreille, étaient des moyens superflus et indignes d'un prédicateur de l'Évangile2.

Les apôtres n'étaient-ils pas des hommes dépourvu- de toute science humaine3? Saint Paul, plus versé que les autres dans la connaissance des lettres profanes, avait condamné d'avance par son exemple et par sa prédication les vains ornements du langage. N'avait-il pas déclaré expressément aux fidèles de Corinthe que la sagesse de ce monde est une folie aux yeux de Dieu? N'avait-il pas dit après les prophètes : « Le Seigneur seul connaît ce qui l'ail • l'objet des discussions des sages et il saii que leurs dis- « putes sont vaines; il déjoue toutes leurs ruse> et con- « fond leur sagesse. Prenez garde qu'on ne vous trompe « par le môyefl de la philosophie et des discoure séduet teins, selon la tradition des hommes et contre la sages

i Strom VI, 11, p. 786.— I, I, p. 326.— Cf. S. [ren., II. - 3 Non (nini <'st in termone wgnwn Dei. [Corinth., IV, Ifl 80.)—- Mlrom, I 9, p. 342.

i M. ibid.

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