‹ Clément d'AlexandrieChapitre 26 sur 226 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

« du Saint-Esprit l ? » Ainsi la philosophie non-seulement ne pouvait être d'aucune utilité pour le chrétien, mais encore d'après le témoignage de l'Apôtre, qui en parlait en connaissance de cause, elle était un véritable danger pour le christianisme. Rechercher son alliance, c'était s'exposer à transformer la doctrine de Jésus-Christ en un système philosophique ; c'était « vouloir produire un christianisme stoïcien, platonicien, dialecticien2. »

N'était-ce pas, en effet, le résultat déplorable auquel avaient abouti les spéculations des hérétiques qui n'avaient pas voulu consentir à oublier la science grecque? C'était à l'union monstrueuse qu'ils avaient faite de la philosophie païenne avec l'Évangile qu'il fallait attribuer les horribles travertissements du dogme chrétien. Les hérésies étaient des doctrines humaines et diaboliques, filles de la sagesse profane. La philosophie qui entreprend témérairement de sonder la profondeur de la nature divine et de ses décrets éternels avait fourni matière à cette sagesse. Elle avait inspiré toutes les hérésies, égaré tous les esprits. De là les Bons, les formes bizarres, latrinité humaine de Valentin, qui avait été platonicien. De là le Dieucle Marcion, emprunté aux stoïciens. La mortalité de l'âme était professée par les épicuriens ; en niant la résurrection de la chair on suivait les idées de toutes les sectes philosophiques ; on suivait celle de Zenon en supposant la matière égale à Dieu ; celle d'Heraclite, en prêtant à la divinité une nature de feu3. En un mot, les philosophes étaient les patriarches des

* I Corinth. II et III. — Coloss.— Isaïe. XXX, 14. — Job III, 13. — Fsal XCIV, IL— Cf. Strom. I, p. 329, 332, 342, 370. Tertull., PrœscripL, hœr., vu.

2 Viderint qui stoïcum, et platonicum, et dialecticumchristianisnmm protulerinl. Prœscript. hœr., c. vu.

3 Prrracript. hœr., o. vu. Cf. Iren., Arfv, haer., Il, 14.

hérétiques *. Combien la simplicité de la foi en Jésus crucifié n'était-elle pas préférable aux subtilités d'une

science qui entraînait dans l'impiété ses orgueilleux parti-

sans

11 paraît que l'opinion contraire à l'étude des belleslettres et de la philosophie était devenue assez générale parmi les chrétiens à la fin du second siècle. Car, outre les témoignages que nous venons de citer, nous la trouvons reproduite dans les Constitutions dites Apostoliques que l'on a attribuées, mais sans fondement solide, à saint Clément de Rome, et qui, dans tous les cas, appartiennent au iie siècle. « Pourquoi, y est-il dit, un chrétien voudrait-il « se livrer à l'étude des lettres des gentils , œuvres « d'hommes morts qui, sous l'inspiration du démon, en- « seignent une doctrine empoisonnée , subversive de la « foi, et entraînant ceux qui s'y livrent à l'erreur mons- « trueuse du polythéisme 3 ? Gardez-vous bien de lire au- « cun livre des gentils. Qu'avez-vous de commun avec ces « discours étrangers, ces lois, ces faux prophètes des na- « tions? La loi de Dieu ne vous ofîïe-t-elle pas tout ce que ( votre esprit peut chercher dans ces fables de la gentilité? « Si vous aimez l'histoire, vous avez les livres des Rois; si « vous préférez la science et la poésie, vous avez les pro- « phètes, Job et l'auteur des Proverbes : vous y trouve- « rez plus d'art et de pénétration que dans toutes les pro- « ductions des poètes et les subtilités (1rs savants, car « c'est la parole même de Dieu, le seul véritablement sage. « Àvez-vous du goût pour les compositions lyriques , lisez « les Psaumes; pour les antiquités et les origines, vous

■ Terlull., De Anima,

* S. Iren., Adv. her., H, ■:<;

s Const. apost., lib. II. i\ jcm. p. 5f70. Anvers, I69fl

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