‹ Clément d'AlexandrieChapitre 36 sur 226 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

« hommes parfaits1. » Après avoir excité, dans son Exhortation, au désir et à la recherche effective d'une vie vertueuse en ce monde et heureuse dans l'autre, Clément expose dans son Pédagogue les motifs qu'ont les hommes de travailler à l'amélioration de leur àme. 11 place devant leurs yeux l'idéal moral qu'ils doivent s'efforcer d'imiter, idéal contre lequel vient se briser la force des inclinations corrompues, et duquel l'esprit malade doit recevoir la santé et les forces. Cet idéal n'est point une conception abstraite : c'est une réalité vivante, Dieu et homme tout ensemble, à la fois modèle, médecin et précepteur de l'âme, en un mot Jésus-Christ. Jésus-Christ, le divin pédagogue, se présente donc à nous pour faire notre éducation : modèle, il est sans tache, il est absolument impeccable et affranchi des alternatives des passions; médecin, il remet nos péchés comme Dieu, et comme homme il nous apprend à n'en plus commettre; précepteur, son éducation est pour tous, quels que soient le sexe, l'âge ou le degré de développement spirituel. Elle s'étend aussi à tous les temps, à tous les siècles. Jésus-Christ est ainsi le précepteur universel et le maître unique du genre humain : dans l'Ancien Testament il a parlé par Moïse et les prophètes ; dans le Nouveau Testament, par lui-même, quand il a apparu aux hommes pour leur tracer le véritable chemin de la vertu. On peut même dire que c'est lui qui a instruit les gentils par la philosophie, car tout ce qu'il y a de bon et de vrai dans la philosophie vient de ce divin précepteur et ne peut venir que de lui.

Ainsi le devoir, la règle des mœurs s'identifient avec renseignement et la vie de Jésus-Christ. La vie du chrétien

i Strom. VI, 1.

doit être une suite non interrompue d'actions dignes d'une âtiie qui porte en elle-même l'image spirituelle du Verbe

Après avoir ainsi établi, dans le premier livre, l'origine, la nature et la règle générale du devoir, Clément, (huiles deux livres suivants, passe aux règles particulières d'après lesquelles les actions d'un chrétien doivent être dirigées tant dans la vie publique que dan- la vie privée. Les devoirs qu'il prescrit dans le choix et l'usage des aliment-, des boissons, des vêtements, du mariage, dans la célébration des fêtes, dans les fonctions sociales, lui fournissent l'occasion de présenter, comme opposition, le tableau des mœurs païennes. On trouve là des détails aussi tristes qu'instructifs sur la corruption enrayante à laquelle le christianisme vint arracher le monde païen.

Le Pédagogue se termine par deux hymnes en l'honneur de Jésus-Christ. Le premier, suivant l'illustre auteur de la Défense de la foi de Nicée^ serait l'un de ces cantiques sacrés que chantaient dans leurs réunions les chrétiens de la primitive Eglise. Lremmor et quelques autres critiques regardent comme plus probable l'opinion qui l'attribue en propre à Clément1.

Mœhler remarque quô \e Pédagogue est moins parfait, sous le rapport, de la composition littéraire, que Y Exhortation. Il reproche à l'auteur de frivoles jeux d'esprit, des développements lourds, des transitions brusques, une méthode peu régulière. Mais ces défauts, s'ils existent, sont bien compensés par les qualités que Clément déploie dans celte composition comme dans tous ses ouvrages, el que Mœhler s'empresse lui-même de reconnaître. Ce Bavant critique rend hommage au riche talent el à l'espril profon-

1 Cf. Poil. t., Clcm. Alex. Op., p. 312. - Lfemmer, Clem. lf«r., De Av'/';i doctrina, p. 7.

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