LIVRE I. GU
ques, et trace aux catholiques la direction qu'ils doivent suivre pour assurer au dedans comme au dehors le triomphe et les progrès de leur foi. Il est ainsi amené à traiter des rapports de la philosophie avec l'Évangile, de la foi avec la science, et de la différence entre la vraie science et la gnose hérétique. Dans ce plan qui embrassait le domaine entier des lettres divines et humaines, le docteur alexandrin déploie une érudition dont on ne trouve peut-être ni avant ni après lui un second exemple dans l'Église. 11 cite plus de trois cents auteurs tant sacrés que profanes, dont plusieurs ne nous sont connus que par son témoignage ; de sorte que, suivant la remarque de Sylburgius, si tous les monuments de la littérature grecque avaient été détruits, Clément suffirait à lui seul pour nous en faire connaître le nombre et l'importance l.
Nonobstant la multitude d'objets dont il est question dans cet ouvrage, une seule pensée les unit tous : c'est de montrer que la doctrine chrétienne, ou, pour mieux dire, la doctrine catholique est la seule véritable, et que la sagesse de l'Évangile surpasse toute sagesse. Voilà pourquoi Clément décrit avec tant de détails tout ce qui se rapporte à la science profane et à la gnose hérétique, les place en regard de la science de l'Église, prouve ainsi la supériorité de cette dernière sur les autres, et cela non-seulement
1 «Prxter theologicas dispulaliones, tamvarius 3sl hic scriptor,utnonimmerito Plutarchus et Athenœus christianus appellari queat : atque adeo illorum ipsorum bueuhs passim hoc arvum suum exaravil , aut saltem ex iisdem, ex quibus illi funtibuïj pleraque petivit omnia. Qvamobrem ut Theodorus Gaza superiori seculo interrogatus si cmnes scriptores Grœci periissent quonam uno superstite cognosci possit Grsecice veteris eruditio, Plutarchum nominavit : ita si et Plutarchus et Athenseus intercidissent, ex uno Clémente nostro intelligi posset, quam multa et quam varia Grœci reliquerint ingenii nui monumenta. Nam trecentis plures a Clémente citantur auctores tam sacri quam profani : quorum multi ne noynine quidem hucusque fuere cogniti. » (Sylburg. Epist. a. 1594, ad acad. Marburgensis doctores scripta ; apud Potter. p. 1038.)
dans l'ensemble des principes, mais encore et spécialement
sur les points où la philosophie et la gnose hérétique prétendaient mériter la préférence. Cet ouvrage répondait donc parfaitement aux besoins de l'époque, et Ton conçoit que plusieurs Pères n'aient cru pouvoir louer plus dignement son auteur qu'en lui donnant le surnom de Stroma- (ien K
A la fin du septième livre, Clément annonce une suite, mais dans laquelle il se propose d'adopter une méthode différente. Aussi Eusèbe, saint Jérôme, Rufîin et Photius parlent-ils d'un huitième livre des Stromates. Celui que nous possédons sous ce titre n'a, pour ainsi dire, rien de commun avec les sept livres qui précèdent; il y est à peine question de sujets théologiques, et après une courte introduction, l'auteur n'y traite que de logique et de dialectique. Photius témoigne que le commencement de ce livre variait selon les divers exemplaires qu'il avait sous les yeux, et qu'il contenait en outre plusieurs erreurs dogmatiques dont le livre qui nous reste n'offre aucune trace2. Ces motifs et quelques autres ont fait révoquer en doute son authenticité. Le Nourry et Doehne soutiennent qu'il n'appartient pas à Clément3. Au contraire, Fabricius, Mœhler etLïemmer4, tout en accordant que le huitième livre que nous possédons aujourd'hui ne nous est pas parvenu intégralement, le regardent cependant comme authentique. Cette seconde opinion nous semble la plus probable. Car. bien que ce dernier livre ne se rattache pas à ceux qui le précèdent par les questions qu'il traite, il se rapporte néan-
1 (> ET£0)jUKT5Ù{.
'-' Phot. Biblioth., ood. III.
i Le Nourry, p. 893, 1-28!) et 1308; — Dœhne, p. 71. 4 Fabr. Biblioth. ;/imt., 1. V, p. LOS -|- i — MaBiher, Pair., I II . — Lœmmer, p. 9.