LIVRE I
moins au but général que s'était proposé Clément, de réveiller dans les chrétiens le goût des études philosophiques et littéraires, afin de leur faire acquérir en tous les genres la supériorité sur les païens.
Gomme nous l'avons remarqué déjà, ces trois ouvrages de Clément d'Alexandrie s'enchaînent par un lien trèsétroit et tendent à une même fin : mener par la raison les païens à la foi et de la foi les élever par la science à la perfection du christianisme. Ils répondaient aux trois degrés par lesquels passaient les catéchumènes avant d'être admis au nombre des parfaits chrétiens. « Les chrétiens, dit Origène ', examinent autant qu'ils le peuvent le cœur cle ceux qui veulent être du nombre de leurs disciples, et ils leur font en particulier diverses exhortations pour les fortifier dans le dessein de bien vivre avant de les recevoir clans leurs assemblées. Enfin ils les y reçoivent quand ils les voient dans l'état où ils les désirent et ils en font un ordre à part, car ils en ont deux différents parmi eux : l'un des initiés, qui ne le sont que depuis peu et qui n'ont pas encore reçu le symbole de leur purification (le baptême) ; Fautre des personnes qui ont donné toutes les preuves possibles de n'abandonner jamais la profession du christianisme. »
Ces épreuves successives du catéchuménat et de l'initiation aux mystères chrétiens, exigées par la prudence, offraient de plus aux Grecs une grande ressemblance avec la méthode d'enseignement de Pythagore et des anciens philosophes. Elles devaient donc paraître naturelles aux païens et les intéresser vivement 2.
« Adv. Cels. 1. III, col. 163, édit. Migne.
2 « Tria hvjus démentis scripta, dit Fabricius, Vrotrepticum, Peedagocum et Stromateon libros, Daniel Heinsius pulchre observavit referre veterum mystagogorum ac philosopha mm très gradus , ù.tcohùQc/.ç.giv , yùrpi-j ac denique èmoTirsioiv. In Protreptico enim Clementem primo veluti purgare futures cliris-
Il CLÉMENT D'ALEXANDRIE.
Nous possédons un quatrième ouvrage de Clément sur un sujet d'un intérêt plus universel et plus pratique. Ce petit écrit intitulé : Quel riche sera sauvé l ? fut d'abord attribué à Origène par Cariophyle et Ghisler; mais les motifs de ces critiques n'ont pu prévaloir contre le témoignage unanime de l'antiquité, et il est aujourd'hui démontré que le maître d' Origène en est le véritable auteur -.
La pensée qui a présidé à la composition de ce petit chefd'œuvre est la même qu'on retrouve dans tous les écrits de notre illustre docteur, c'est-à-dire la conciliation et l'harmonie de la nature et de la grâce. Clément fait connaître lui-même, au chapitre quatrième de cette dissertation, l'occasion qui l'a déterminé à l'écrire. L'idée de la communauté des biens, telle qu'elle existait dans l'origine à Jérusalem, était toujours chère aux chrétiens, et quoiqu'elle ne se réalisât pas partout de la même manière, on ne cessait néanmoins d'y tendre. D'un autre côté, quelque- Gnostiques, se prévalant de ce souvenir historique et de quelques passages de l'Évangile, condamnaient la propriété des biens de la terre comme contraire au christianisme et prêchaient une sorte de communisme sur le modèle de la république de Platon3. Enfin les paroles de Jésus-Christ : « Si vous voulez être parfait, allez, vend*/ « tout ce que vous avez ri donnez-le aux pauvres; » el celles-ci : « Il est plus facile à un câble de passer par le « trou d'une aiguille qu'à un riche (rentrer dans le
tianos a sordibus adhœrentium superstitionum atque ethnicismi, in Pœdagogo factos jam initiare atqve instituerc. m Stroniaieon deniqjte libris ad sacra maxima et supremam Dei contemplationem admittere, [Biblioth. Orme, 1. V, p. 102.)
i T(',- b ffwÇô/*îV5{ rrÀoûffios;
• Fabricius, Biblioth. Grac. 1.1.
r' Il n'y a vraiment n'en de nouveau sous le soleil. Il esi curieux de voir. dans Clément, à quel point se ressemblent les socialistes du n" etdu \i \^ siècle.