‹ Clément d'AlexandrieChapitre 4 sur 226 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

« terre l. Quand on vous traînera devant les tribunaux « des hommes, ne préméditez point ce que vous devez « dire ; mais dites ce qui vous sera inspiré à l'heure même ; « car ce n'est pas vous qui parlez, mais le Saint-Esprit « qui parle en vous 2. Celui qui croira sera sauvé, celui « qui ne croira pas sera condamné. »

Ainsi les apôtres étaient établis les témoins irrécusables d'un fait divin, qui comprenait la vie et les enseignements de leur maître. Leur parole, soutenue par la vertu de l'esprit de vérité, ne pouvait être que la reproduction, que l'écho fidèle de la parole divine qui avait retenti dans les bourgades de la Judée. En leur confiant le ministère de la prédication, celui qui les envoyait se réservait le soin d'en assurer la vérité et la puissance. Ils n'avaient qu'à répandre, sous la conduite de l'Esprit saint, la semence de la parole évangélique, telle qu'ils l'avaient reçue : c'est d'en haut qu'elle devait recevoir sa fécondité.

Il est certain que les apôtres ne comprirent pas autrement leur mission. Profondément convaincus de la divinité de leur maître, pleins de confiance dans l'assistance qui leur est promise, ces pauvres bateliers n'hésitent pas à se poser à la face de l'univers en témoins d'un Dieu crucifié. Aucune difficulté ne les embarrasse, nul obstacle ne les arrête, nulle impossibilité ne les effraye. Jamais le monde ne vit un pareil spectacle. Le courage de ces hommes que l'on reçoit comme des dieux, ou que l'on poursuit à coups de pierre, n'est dépassé que par leur confiance inébranlable dans le succès. Ils disent à tous, dans un langage barbare, et avec un ton de vérité et de convie-

1 Act., 1-8.— Luc, 24-28.

2 Marc, 13-11.

tion inimitable : « Nous vous prêchons la parole de la vie « qui était dès le commencement, que nous avons enten- « due, que nous avons vue de nos yeux, que nous avons « regardée avec attention, que nous avons touchée de nos « mains ; car la vie s'est rendue visible ; nous l'avons vue, a nous vous en rendons témoignage ; nous vous l'annon- « çons, cette vie éternelle qui était dans le Père, et qui « est venue se montrer à nous i. Nous sommes témoins s des faits que nous annonçons, nous et l'Esprit saint, que « Dieu a répandu sur ceux qui sont dociles à sa parole 2. « Les Juifs cherchent la vérité dans les miracles ; les Gen- « tils invoquent la sagesse humaine. Pour nous, nous prê- « chons Jésus-Christ crucifié, qui est un scandale aux « Juifs et une folie aux Gentils 3. » Les apôtres se regardent donc avant tout comme les historiens de leur maître. Ils s'annoncent comme des témoins, comme des témoins qui ont vu, entendu, touché. Ce témoignage, ils le répètent sous toutes les formes, ils le soutiennent jusqu'à la mort ; mais ils ne cherchent pas à adoucir par les artifices et les délicatesses du langage, ou à rendre vraisemblable par la force du raisonnement un récit qui devait paraître si incroyable, si absurde h des Grecs et à des Romains. « Ils « craindraient, disent-ils, d'anéantir la croix de Jésus- « Christ s'ils se dépouillaient du caractère de témoin* et « d'organes de la parole divine, pour prendre le rôle de « rhéteurs ou de philosophes *. Les aimes de notre milice « ne sont pas des armes charnelles et n'ont rien <k la fai- « blesse de la chair ; mais elles sont puissantes de la puis-

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