LIVRÉ L
N'ayant pu nous procurer cette édition, nous avons suivi celle d'Oxford dans notre étude sur Clément d'Alexandrie.
Le simple catalogue des écrits de ce Père, que nous venons de donner, prouve avec quelle ardeur, avec quelle prodigieuse activité il se dévoua au triomphe de la religion qui avait triomphé de son propre cœur. L'on aurait peine à concevoir comment, dans une vie assez courte, partagée, d'ailleurs, par les œuvres du zèle sacerdotal et les devoirs du catéchuménat, et agitée par les persécutions et par l'exil, ce grand docteur a pu trouver assez de paisible loisir pour produire des ouvrages aussi nombreux et aussi importants, si l'on ne se rappelait qu'il est entré dans le sein de l'Église avec un esprit tout formé et initié aux secrets de la vie et de la science profane. Qu'on ajoute à cela la puissance et la fécondité qu'apportèrent à ce génie ainsi préparé la lumière et la charité de l'Évangile, et l'on s'expliquera peut-être la prodigieuse activité et les immenses ressources qu'il déploya dans la défense et la propagation de la doctrine chrétienne.
Malgré cette explication, Clément n'en reste pas moins un prodige d'activé science, tel que le christianisme seul en a su produire. La tâche qu'il s'était imposée présentait en elle-même, et dans les circonstances où il l'accomplit, les difficultés les plus insurmontables. Rendre compte rationnellement du christianisme, non-seulement dans ses principes généraux, mais jusque dans l'application de ces principes aux moindres détails de la vie pratique ; satisfaire les besoins légitimes de la raison sans blesser les droits imprescriptibles de la foi, créer une science qui embrassait tout ensemble le ciel et la terre, le passé et l'avenir, le temps et l'éternité; montrer les harmonies de la nature et. de la grâce, de la philosophie ot de la religion,
de l'homme et du chrétien, est assurément l'un des desseins les plus grands, les plus difficiles que puisse con< voir l'esprit humain. Ce fut le dessein que conçut Clément, et cela au nc siècle de notre ère, sans autre guide dans cette voie si nouvelle que son génie et sa foi, ayant. si l'on peut le dire, les pieds dans le sang des martyrs et la tète sous la hache du bourreau1. On a parlé de Socrate dissertant paisiblement avec ses amis de l'immortalité de l'âme, quelques heures avant de boire la ciguë ; on a admiré cette tranquillité du sage en face de la mort et cet empire d'une grande âme sur elle-même : nous ne contredirons pas à cette admiration. Mais, il nous es! bien permis de l'affirmer, Clément d'Alexandrie est plus grand et plus admirable que Socrate. Non-seulement les périls qui menacent sa vie n'ont pas le pouvoir de lui ôter le calme de l'esprit et la sainte liberté de l'apostolat, mais le martyre, le témoignage du sang rendu à la vérité et à la justice, lui semble, comme à saint Paul, le plus désirable de tous les biens, parce qu'il est le plus haut degré de force et de grandeur morales auquel l'homme puisse s'élever ici-bas.
Ainsi donc l'on peut dire que la science chrétienne, comme l'Eglise elle-même, a pris naissance dans le sang. Pour se produire et se formel', elle n'eu! pas besoin, comme la science et les lettres profanes, de ces loisirs de la paix tant vantés par les poètes et par les philosophes de Home et d'Athènes 2. Semblables à ces Israélites, de retour de Bain loue, qui d'une main relevaient les remparts abattu- de Jérusalem, et de l'autre tenaient l'épée du combat pour
' « Chaque jour, dil-i] lui-même, nous voyons couler par lorreni le d«'s martyrs, brûlés, torturés, décapités sous nos yeux. Str. 1 1. 80, p. l!'i. Studiis florentem ignobilis oit, ViroilBi