‹ Clément d'AlexandrieChapitre 47 sur 226 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nature des arts et des sciences humaines. Qu'ils sont tout à fait conformes à la nature de l'homme, à ses destinées et aux desseins de Dieu.

Que sont en eux-mêmes les arts et les sciences humaines? C'est d'abord une sorte de gymnastique intellectuelle et morale qui développe les facultés de l'àme, qui donne à l'esprit plus de force et de pénétration pour connaître et comprendre, qui lui fournit des procédés, des moyens pour atteindre plus vite et plus sûrement la vérité. C'est encore un ensemble de connaissances spéculatives et pratiques. Envisagés sous ce double point de vue, les arts, les sciences et la philosophie, loin d'être un mal, sont tout à fait conformes à la nature de l'homme et à ses destinées.

Connaître Dieu d'une connaissance complète, inébranlable et pratique, est la fin dernière de l'homme, et tout, dans sa nature, est conforme à cette haute destinée. Il se compose d'un corps {aù,[xa) , d'un principe animique (TivsOp.a àloyov, <7xoyay,ôv, <7coaaTr/c/} tyvyjn) , et d'un principe supérieur et dirigeant, l'esprit (^o%h loyivSn, wvç, zb rr/eixovtv.bv 1). Le corps a été formé de la terre, comme nous l'apprend Moïse, et après lui Platon, qui l'appelle une tente terrestre 2. Le principe animique, créé de Dieu, est

iStrom. V, 14, p. 703; VI, S, p. 774; VI, 10, p. 808. 2 Ibid. p. 703. - Cf. II, 11, p. 455.

uni au corps avec l'acte de la génération '. Cette union constitue l'esprit corporel, lequel possède en lui le principe vital, c'est-à-dire une force de développement, d'accroissement, en un mot, une force de mouvement. Doué de la plus grande mobilité , ce principe se porte en tous lieux par les sens et par le reste du corps, qui lui fait subir d'abord des sensations 2. Le corps et le principe animiquc qui le pénètre sont une partie constitutive de l'homme, mais ne sont pas l'homme tout entier. Ce qui le constitue définitivement à l'état d'être complet, c'est le principe supérieur qui lui vient, non de la terre, mais du ciel 3. C'est un soufïle divin, comme parle l'Écriture, répandu sur la face de l'homme; c'est l'âme raisonnable douée de liberté, et, par conséquent, capable de recherche, d'enseignement et de connaissance (yvàeiç '').

L'âme est l'image du Verbe, raison divine et royale, image substantielle du Père 5. « Mais, bien qu'elle vienne « de Dieu, l'âme n'a avec Dieu aucun rapport de nature « (cyimv) , comme le veulent les hérésiarques. Prétendre « que nous sommes une portion de Dieu et que nous « avons avec lui une même essence, c'est un blasphème « que nul homme ne peut entendre de sang-froid, s'il con- « naît la nature divine et considère les maux dont notre « vie est mêlée. Il s'ensuivrait, chose horrible à dire, que « Dieu peut pécher dans quelques parties de lui-même, « puisque les parties appartiennent au tout, et que le tout « se complète par ses parties. 11 n'en est rien. Dieu, natu- « rellcment riche en miséricorde, par un pur ctïet de sa

i Strom. VI, 10, p. 808.

2 Ibid. 1. 1.

:5 Ibid. VI, 20, p. 040 : Oj/ojj ojpxvôdsv /.y-xr:i'j~i-xi foupo iiri I CT

* Ibid. VL 10, p. 808.

:i Ibid. V, 14, p. 703. -Cf. Coh. <i<l Grmc, 10. p. 78.

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