‹ Clément d'AlexandrieChapitre 48 sur 226 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

« bonté, veille sur nous, qui ne lui sommes rien, ni par « nature, ni par essence, mais seulement par sa volonté, « qui nous a tirés du néant 1. »

Ainsi, l'homme est le centaure fabuleux de la Thessalie, composé d'un élément animal et d'un principe raisonnable : le corps et l'âme. Le corps s'occupe des choses d'icibas et se courbe vers la terre; l'âme s'élance jusqu'à Dieu ; éclairée par la philosophie véritable, elle se hâte d'aller rejoindre là-haut ses sœurs divines (ffvyyeveïç), après s'être affranchie de l'empire du corps 2. Le corps, avec le principe qui l'anime, ou esprit charnel, n'a par sa nature ni bonté, ni malice morales. 11 est, à la vérité, la partie inférieure de l'homme, tandis que l'âme en est la partie supérieure 3 ; il est, de plus, une occasion et une cause de péché, un obstacle à la vertu4 et une prison pour l'âme 5. Car la chair, dit l'Apôtre, s'élève contre l'esprit, rebelle toujours prête à se jeter dans les excès et dans la honte contraire à sa nature 6. Cependant, malgré ces tendances du corps, c'est une impiété de le condamner, comme le font quelques hérétiques téméraires, qui ne considèrent pas que sa stature est droite et faite pour contempler le ciel ; que ses organes sont formés et disposés pour l'acquisition de la connaissance (yvwo-iç), et que ses membres et toutes ses parties sont combinés pour la pratique du bien et non pour la volupté 7.

L'homme dont l'organisation tombe sous les sens est donc composé de deux principes différents, mais non op-

« Strom. II, 16, p. 467 sq.

2 Ibid. IV, 3, p. 567; — V, 1, p. 647.

8 Ibid. IV, 26, p. 639.

* Ibid. VII, 12, p. 880.

s Ibid. VII, 7, p. 854.

6 Ibid. VI, 16, p. 808.

7 Ibid. IV, 26, p. 638.

posés '. Loin de là, il y a entre eux une admirable harmonie, une merveilleuse unité. Le corps sert d'intermédiaire entre l'âme et la matière; par les organes des sens, l'âme se met en rapport avec le monde sensible ; elle le connaît sous ses formes diverses, et cette connaissance la prépare et la dispose à celle du monde de la pensée, qui dépasse la portée des sens et n'est perceptible qu'à l'intelligence -. Elle s'élève de degré en degré, en vertu de son activité intellectuelle et de la lumière que lui départit le Verbe, de la perception sensible à la perception des idées, et de la perception des idées à la connaissance de Dieu par la foi. Caria foi, comme nous le verrons au livre suivant, apporte avec elle un sens particulier et divin, différent du sens physique et du sens philosophique ; de sorte que le ûdèle acquiert une faculté de connaissance plus puissante que le simple philosophe, par son union plus intime avec le Verbe.

La considération seule de la nature de l'homme prouve donc qu'il est fait pour la connaissance. C'est vers ce but que tendent les facultés dont, il a été doué, depuis les organes des sens jusqu'à la perception rationnelle. Mais ces aptitudes naturelles à la connaissance ne sont pas la connaissance elle-même. Dion a donné à. notre âme la raison, et, par conséquent nous avons avec la philosophie qui repose sur la raison une sorte d'affinité. Mais il n'est pas vrai de dire pour cela que nous naissons philosophes, | plus qu'il n'est vrai de dire que nous naissons vertueux, parce que nous avons de* aptitudes naturelles à la vertu. La volonté de Dieu est que nous soyons lea artisms de notre salut. Voilà pourquoi notre âme a le privilège de -

1 Strom, 1. I.

- Ibid. I. I.

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