LIVRE II
Dieu tout puissant, maître de l'univers, par l'intermédiaire de son Fils l. Les arts et les sciences, qui ont pour objet de connaître ces biens, de les féconder, d'en régler Tusage conformément à la raison, ne peuvent être condamnables. Car celui qui nous dispense l'être et la vie nous a départi également la raison, afin qu'en toutes choses elle soit la règle de notre conduite 2. La raison peut donc sans déchoir, elle doit même s'appliquer à connaître les biens créés à l'usage de l'homme 3. Sans doute la fin dernière de l'intelligence humaine est la connaissance de Dieu. Mais cette connaissance, dans la condition présente de notre nature, en suppose plusieurs autres, qui en sont comme le préliminaire et la préparation 4. La destination spéciale de la serpe est de tailler la vigne ; mais elle nous sert aussi à élaguer les sarments qui rembarrassent et à couper les ronces qui, croissant autour du ceps, forment une barrière impénétrable. Ces diverses opérations de la serpe se rapportent au but principal. Appliquons à. l'homme cette comparaison. Sa fin dernière est de connaître Dieu. Néanmoins, il ne laisse pas de s'adonner à l'agriculture, à la géométrie, à la philosophie. De ces trois sciences, l'une est nécessaire pour vivre, l'autre pour bien vivre, la troisième explique ce qui appartient au domaine de la démonstration 5.
De plus, chaque créature étant l'œuvre du Verbe, vérité
» Strom. VI, 17, p. 824.
2 Ibid. V, 1, p. 616.
3 Ibid. IV, 6, p. 581 : Ac bona quidem sunt, alia quidem ipsa per se; alia autem per altérais boni par ticipationem; sicut bonas dicimus actiones. Absque rébus autem intermidiis, quse quidem obtinent locum materix , neque bonse, neque malx constant actiones; v . g. vita et sanitate, et alii.s que sunt vel necessaria, vel circumstantialia.
* Hœc sunt ergo (sanitas et rerum necessariarum copia) ample et enda non propter se, sed pr opter corpus : habetur autem cura corporis propter animant, ad quam fit relatio. — Sirom. l\r, 5, 573.
r> Sirom. VI, 8, p. 773'.
y8 CLÉMENT D'ALEXANDRIE.
absolue, participe en quelque degré de la vérité et de la bonté de sou auteur. En d'autres termes, outre la vérité substantielle, nécessaire, unique, il y a des vérités partielles, contingentes, multiples, qui ont avec la première le rapport de l'effet à la cause *. La connaissance est, comme la vérité qui en est l'objet, absolue et complète, ou imparfaite et partielle. Celle-ci conduit plus ou moins directement à celle-là. Elle en est une préparation utile. La musique, par exemple, dispose et prépare l'esprit à la connaissance parfaite, en lui enseignant l'harmonie par le rhythme mesuré de ses accords 2. Elle orne, elle adoucit le caractère. C'est ainsi que David, chantre divin et prophète inspiré, célébrait dans ses hymnes cadencé- I louanges du Seigneur. C'est ainsi que, dans les repas chrétiens, nous nous pi ovoquons mutuellement à chanter. comme on passe de main en main la coupe du banque!, soit pour éteindre le feu des passions par la douce influence de la musique, soit pour rendre grâces à Dieu des biens que nous a départis sa main libérale, des aliments que nous fournit sa Providence, afin de soutenir à la fois et les facultés de l'esprit et les organes du corps. Mais loin de nous cette musique énervante qui jette L'âme dans la langueur et la mélancolie, irrite et soulève les sens, et produil uni' sorte d'ivresse et de frénésie :i. L'arithmétique, avec ses progressions ascendantes <il descendantes, enseigne les rapports des nombres cl apprend que la plupart des choses son! soumisesà (U>> proportions numériques \ On trouve dans les livres saints des exemple- qui prou-
i Strom I. -20, p
- IHd. VI, K». ]>. 7N0.
:1 rWd. p. 785.
» ïbid, VI, lu, p. :h(\