LIVRE II
vent l'utilité de la science des nombres pour la science divine 4. :
Celui qui étudie la géométrie dans son essence et ses profondeurs s'accoutume par ses spéculations a concevoir un espace continu et une essence immuable, différente des corps terrestres. Par elle, nous saisissons la ressemblance dans la dissemblance : par elle nous trouvons une longueur sans largeur, une surface sans profondeur, un point indivisible et sans étendue; par elle enfin, nous nous élevons des choses sensibles aux choses qui ne sont perceptibles qu'à l'intelligence 2.
Avec l'astronomie, l'esprit s'élève au-dessus de la terre, plane dans les régions célestes, suit les astres dans leurs révolutions, les yeux de l'intelligence toujours attachés sur les merveilles divines, sur l'harmonie qui règne entre elles. C'est par la contemplation de ces phénomènes qu'Abraham s'éleva jusqu'à la connaissance du Créateur 3.
La dialectique, qui, suivant Platon, est une science au moyen de laquelle on trouve l'explication de ce qui est, est indispensable à tout homme juste et sage, puisque c'est elle qui examine les choses, qui interroge les facultés et les puissances de l'âme, qui abstrait et généralise, s'élève par ce moyen vers la plus noble des essences, et ose même s'élancer jusqu'au trône du Dieu de l'univers 4. La cause de toute erreur et de toute fausse opinion provient de ce qu'on ne sait pas reconnaître les caractères essentiels des choses ; ce qui s'accorde ou répugne. L'on confond par des assimilations trompeuses ce qui devrait être séparé
i Strom. VI, 11, p. 781.
8 Ibid. 10 et 11, p. 780, 783.
'! Ibid. 10, p. 780.
* Ibid. J, 28, p. 425.
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et distinguo. La dialectique prémunit contre cette source d'erreurs 1. L'emploi des démonstrations qui lui sont propres donne une conviction entière des vérités qu'elles établissent %,
En un mot, les arts et les sciences n'étant autre chose ([ue l'exercice réfléchi de l'intelligence appliquant ses facultés multiples aux différents degrés de l'être qui leur correspondent dans la création, sont tout à fait conformes à la nature de l'homme, à ses destinées et aux desseins de Dieu. On ne peut les condamner sans faire injure à la divine Providence et sans méconnaître ses bienfaits.
Ce n'est pas à dire cependant qu'on doive les louer absolument et sans restriction. Les arts mécaniques et libéraux, les sciences humaines n'ont qu'une bonté relative. Ils ne sont qu'un moyen plus ou moins utile de connaissance, ils ne sont pas la connaissance elle-même3. Dans le plan de la divine Providence, ils ne sont, comme ce monde, comme cette vie qu'ils ont plus particulièrement pour objet, que des degrés par lesquels l'âme peut s'élever successivement jusqu'au monde supérieur. C'est pourquoi Socrate ne veut pas que ce qu'on appelle le cercle des études suffise pour atteindre à la connaissance du bien ; mais, selon lui, le seul fruit qu'on en tire esl un excitant pour l'esprit et un exercice qui habitue l'âme à comprendre les choses qui ne sont perceptibles qu'à l'intelligence4. Les études encyclopédiques sont des moyens utiles pour arriver à la philosophie qui est leur souveraine. île même que la philosophie n'est qu'un exercice préparatoire pour ac-
' Strom. VI, 10. p. 781
* Ibid. 1, G, p. 337.
3 lbid. 19, p. 373
♦ Ibid. 19, p. 373.