‹ Clément d'AlexandrieChapitre 56 sur 226 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ont dénaturées d'une manière sophistique, afin de s'en faire croire les inventeurs. » Ce n'est pas cependant qu'il leur ait été impossible de rien trouver par eux-mêmes ; car ils ont pu, eux aussi, recevoir de Dieu l'esprit d'intelligence *■ S' appuyant sur l'autorité de Tatien, de Cassien le gnostique, et sur les aveux d'Appien, si connu par la haine qu'il portait aux Juifs, il établit longuement par la chronologie que la doctrine contenue dans les livres sacrés des Juifs est bien antérieure à l'existence des sectes philosophiques les plus anciennes. Il consacre à cette discussion chronologique une grande partie du livre premier des Stromates 2. Là il se plaît à démontrer longuement aux Grecs, si fiers de leur civilisation et de leur culture intellectuelle, que leur sagesse n'était pas autochthone; que leurs premiers instituteurs et la plupart de leurs sages étaient d'origine barbare, que leurs plus illustres philosophes, avant de se faire un nom, commencèrent par s'instruire chez les nations barbares , recueillirent leurs traditions, et se firent initier aux doctrines les plus mystérieuses des sanctuaires. Platon, cet ami de la vérité, en fait l'aveu pour lui-même, et ne craint pas de déclarer qu'il est allé s'instruire en Egypte. « La Grèce est grande, ô Gébès ! dit-il dans le Phédon, et elle renferme des hommes doués de mille qualités ; mais les peuples barbares sont nombreux aussi. » Dans le Timée, il nous montre le sage Solon recevant des leçons d'un barbare, qui lui dit : « Solon, Solon, vous autres Grecs, vous n'êtes que des enfants; il n'y a pas un vieillard parmi vous, car vous n'avez pas de doctrine vénérable, ni blanchie par le temps 5. »

i Strom,. I, 17, p. 36').— Cf. V, 1, p. 050: T, 20, p. 377. * Ibid. I, 21, 22, p. 378-411.

3 Ibid. /, 15, p. 355-356.

Après cela, Clément croit pouvoir regarder Platon comme un philosophe hébreu '. Ce philosophe, dit-il, a appris la géométrie des Égyptiens, l'astronomie des Babyloniens ; les Assyriens lui ont fourni beaucoup d'autres connaissances, et les Hébreux ce qu'il a écrit de vrai sur Dieu et suites lois; car il consulta les livres de l'Ancien Testament traduits par le prêtre Esdras, vers le temps d'Artaxerce, roi des Perses 2. Clément ajoute que les philosophes grecs, non-seulement n'ont pas craint de ravir le bien d' autrui et de s'enrichir des doctrines barbares et étrangères, mais encore qu'ils se sont pris mutuellement leurs propres pensées; c'est donc à juste titre qu'on peut leur appliquer la parole de l'Évangile. Ils furent en toutes choses d'insignes plagiaires [Miùtai taxent ypcefUç), et c'esl bien à tort qu'ils prétendent au mérite de l'invention <it de l'originalité en toutes choses3.

La critique moderne semble peu favorable, pour ne pas dire tout à fait contraire à l'opinion adoptée et défendue ici par Clément d'Alexandrie avec un grand luxe d'érudition.

Le plan et le dessein de ce travail ne nous permettent pas de discuter à fond et de trancher cette i m port an le et difficile question d'histoire. Nous croyons cependant que les monuments les plus authentiques nous autorisent à dire que, si la thèse de Clément n'est pas entièrement admisei ble , il n'y a pas moins d'exagération à revendiquer, comme on l'a fait souvent, pour la philosophie grecque une originalité complète '. Sans doute, toutes les pensées développées par notre saint docteur, toutes les preuves

) <>v i£ ' E$p*iuv fCkéaofoç. Strom. I. 1, p. 321. * Coh. ad Gr;vc., p, GO.

i Strom. \'I. I. p. 759.

4 « La tradition el L'autorité, dit M. Franck, ne jouent, dans Lee By stèle la philosophie grecque qu'un rôle tout » rail secondaire*, quand,

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