‹ Clément d'AlexandrieChapitre 57 sur 226 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

qu'il invoque en faveur de son opinion ne sont pas incontestables; sans doute, les rapprochements qu'il a voulu établir entre la doctrine des livres saints et la philosophie grecque sont souvent peu fondés. Il a eu le tort d'accepter avec trop de confiance, sur ce point, le témoignage suspect de l'école juive. Pour ce qui concerne Platon en particulier, il en fait trop facilement un philosophe chrétien, et lui prête, notamment sur la création et la Trinité, des doctrines qu'il n'a pas professées. Nous croyons enfin qu'il serait difficile d'établir d'une manière invincible, comme le prétend Clément après Aristobule, que Platon et Pythagore, et les autres philosophes grecs, ont eu entre les mains les livres de Moïse et des prophètes, et qu'il a existé une traduction de ces livres avant celle des Septante K

« Ces réserves faites, dirons-nous avec un estimable écrivain 2, la propagation dans le monde ancien des traditions et des doctrines hébraïques, le passage des philosophes grecs dans les contrées où elles étaient répandues, leur contact avec les Juifs et avec ces doctrines, l'influence de ces dernières sur leurs idées et sur certains

détails de leurs systèmes nous paraissent indubitables

A ce point de vue, nous admettons la comparaison de

par hasard, elles y jouent un rôle ; c'est au nom de la raison que ces philosophes s'adressent à leurs semblables,... et, loin de s'abriter ou de s'effacer derrière quelque tradition séculaire, ils se font gloire de leur génie, ils mettent leur orgueil dans la nouveauté et dans la hardiesse de leurs doctrines... Cependant, cette originalité, cette fécondité dont nous parlons ont été vivement contestées à la philosophie grecque. On a prétendu que ses systèmes les plus célèbres, que ses doctrines les plus admirées par leur singularité ou leur élévation ne sont que des importations de l'Orient, déguisées avec plus ou moins d'adresse sous une forme nouvelle... Cette assertion n'a pour appui aucun fait positif, aucun témoignage contemporain des philosophes qu'elle dépouille de leur génie. » {Dictionn. des sciences philosophiques, V. Philos, gr., t. IV, p. 588-590.)

1 Cf. Glaire : Introduction historique et critique aux livres de V Ancien et du Nouveau Testament, t. I, p. 212-214.

2 M. l'abbé Hébert-Duperron. Essai sur la polémique et la philosophie de Clément d'Alexandrie.

saint Clément : « La philosophie grecque ressemble à la flamme d'une torche (pie les hommes allument arli/iri<>l/ement avec les rayons dérobés du soleil 1... »

« Ainsi les sages de la Grèce sont allés s'inspirer dans renseignement traditionnel qui a été, pour reproduire l'expression de M. Cousin, comme l'étoffe de leur pensée -; mais, en voulant la développer souvent, ils ont altéré, corrompu la parole divine. Saint Clément compare aux bacchantes qui dispersèrent les membres de Panthée les diverses sectes qui, chez les Grecs et les barbares, ont ainsi éparpillé en fragments l'indivisible lumière du Verbe 3. »

Au reste, en refusant aux philosophes grecs l'originalité complète dont se glorifiaient quelques-uns d'entre eux. Clément n'allait pas jusqu'à prétendre que toutes leurs connaissances, que toutes les vérités qui brillent dans leurs ouvrages eussent été ravies aux livres de Moïse et des prophètes. C'eût été enlever à la raison humaine cette puissance qui lui a été donnée par Dieu pour s'élever, dans l'ordre naturel, jusqu'à la vérité et la contempler; puissance affaiblie, mais non détruite par le péché originel : c'eut été tomber dans les excès qu'il voulait combattre, en prenant la défense (\t>* sciences humaines et de la philosophie.

Aussi, selon notre saint docteur, la tradition est la source la plus large d'où dérivent les vérités contenues dans les systèmes philosophiques de la Grèce; elle n'est pas la seule. Clément en indique deux autres : la nature et l'illumination du Verbe, ou une sorte d'inspiration inté-

1 Strom l", .">, p. 663.

• Œuvres complètes de Platon, t. \ i. Notes sur Phèdre, p. 165.

3 Strum. i. 13, |>. 348.

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