‹ Clément d'AlexandrieChapitre 6 sur 226 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

« sa puissance éternelle et sa divinité sont devenues visibles « depuis la création du monde par la connaissance que les « créatures nous en donnent ; en sorte que les philosophes « sont inexcusables de ce qu'ayant connu Dieu, ils ne l'ont « pas glorifié i, »

Évidemment, par ces paroles, l'Apôtre n'entend pas condamner la raison, ni en contester la valeur, puisqu'il blâme les philosophes de n'avoir pas conformé leur conduite aux lumières qu'ils en recevaient, et de n'avoir pas honoré Dieu comme elle leur prescrivait de l'honorer. En présentant la révélation comme une voie plus sûre pour mener l'homme à la connaissance de la vérité, et surtout comme un moyen plus efficace et moralement nécessaire pour le déterminer à la pratique de la vertu, les apôtres n'avaient nullement la pensée de méconnaître la valeur incontestable de la lumière naturelle, de ce rayon d'en haut, qui, suivant l'expression tant de fois répétée de saint Jean, éclaire toute intelligence raisonnable à son entrée dans la vie. Ils n'avaient pas l'intention de proscrire ce qu'il y avait de vrai et de beau dans les lettres et la philosophie du monde païen. Leur mission, d'une part, et, de l'autre, leurs habitudes les rendaient indifférents à l'endroit de la science ; mais cette indifférence n'était pas de l'hostilité ; et si, dédaignant le concours de la philosophie, ils ne recherchèrent pas son alliance, ils ne posèrent du moins aucun principe qui dût un jour rendre tout rapprochement impossible.

Les disciples immédiats des apôtres imitèrent la conduite de leurs devanciers et demeurèrent à peu près étrangers au mouvement scientifique de leur époque. « Ces

» Ad Rom., 1-20.

hommes divins, dit le savant évoque de Gésarée1, dignes disciples de si grands maîtres, élevaient l'édifice des Églises dont les apôtres avaient jeté les fondements. Travaillant avec un zèle infatigable à la prédication de l'Évangile, ils répandaient par toute la terre la semence salutaire de la parole ; car la plupart de ceux qui embrassaient alors l'Évangile, remplis d'un amour ardent pour la vérité , commençaient par distribuer leurs biens aux pauvres, suivant le précepte du Sauveur, et quittant leur patrie s'en allaient par le monde remplir le ministère d'évangélistes, annoncer la foi en Jésus-Christ à ceux qui n'en avaient pas encore entendu parler. Ils leur communiquaient les livres sacrés de l'Évangile, et après avoir ainsi posé les fondements de la religion dans un pays infidèle et barbare, ils y établissaient des pasteurs h qui ils confiaient la culture de ces plantations nouvelles, et passaient ensuite sous la garde et la protection de Dieu chez d'autres peuples et dans d'autres contrées; car l'Esprit saint opérait encore alors par ses serviteurs un grand nombre de prodiges extraordinaires, de sorte que dès qu'ils commençaient à prêcher on voyait quelquefois des peuples entiers embrasser tout d'un coup la foi du vrai Dieu et recevoir dans leurs cœurs les règles de la piété. »

C'est ainsi que procédaient les premiers missionnaires du christianisme. Ils s'emparaient du monde au nom de Jésus-Christ, Dieu fait homme, mort pour nous et ressuscité2; pour convaincre les esprits et changer les cœurs, pour transformer des païens en chrétiens, il leur fallait quelque chose de plus puissant, de plus irrésistible que les séduc-

i Eurfeb., Hist. ecch, 1. III, c. 37, p. 87. Paris, 1078. •Cf. Epist. ad Diognetum, Oper. S. Just., c. 11, p. 239, éd. ttened. Paris, 1742.

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