LIVRE II. VIS
un moyen de s'élever jusqu'à l'Auteur de toutes choses. « Ceux d'entre les Grecs, dit-il, qui ont cultivé la saine « philosophie ont connu Dieu par intuition et par raison- « ne ment 4* »
En dernière analyse, « il y a, conclut notre saint doc- « teur, dans la philosophie, fût-elle dérobée au ciel comme « le feu par un autre Prométhée, une étincelle de flamme « divine, laquelle, convenablement excitée, est propre à « produire la lumière ; il y a des traces de sagesse et une « inspiration venue de Dieu. Les philosophes grecs peu- « vent être considérés comme des voleurs et des larrons, « en ce que, ayant pris aux prophètes hébreux avant la « venue du Sauveur, quelques fragments de vérité, ils se « les sont attribués comme des inventions qui leur étaient « propres, ou les ont altérés par des raisonnements soft phistiques. Mais ils ont aussi trouvé par eux-mêmes « quelques vérités, car il n'est pas invraisemblable qu'ils « aient reçu, eux aussi, l'esprit d'intelligence dont parle « l'Écriture, quand elle dit : Adresse-toi à tous les sages que « fai remplis de l'esprit d'intelligence 2. »
La tradition et la révélation surnaturelle, d'une part, d'autre part, la raison éclairée d'une manière naturelle par la lumière du Verbe, telles sont donc, clans la pensée de Clément d'Alexandrie, les deux sources d'où dérivent les vérités contenues dans la philosophie grecque. Notre illustre docteur en tire la conclusion que la philosophie
1 Kv-' s'/jtp«5tv oï x.a't àtxkpzeiv oi âxpiÇûi Tzupà. EX)*jï£ js Ckovif pauvres Siop&at tov eéov. Strom. I, 19, p. 374.
2 E,fffTtv euv x$v miXoaofix ttj x/ arrête-/;... iï~jp èliyov ilg pwj èninriisoiv xprfiitiùis tyiTtupoùftevav, ïy-jot ri copias, /.ai xtvïjetg rtapà ()scv... Ta oï y.od è^îupovzsi' fauç yètp xai nvevfi* vloQfostxi 4o;pJxwKv. Strom. 1, 17, p. 369-370.— Cf. Exod., 28.3.— On peut voir par l'explication que Clément donne ailleurs de ['esprit d'intelligence (Strom. /, p. 330), que l'inspiration dont il est ici question n'est pas une inspiration surnaturelle, mais un concours naturel, quoique extraordinaire, donné par Dieu à ceux qui cherchent sincèrement la vérité.
I •■ | C LÉ M E NT D A L E X A NDKI E .
vient de Dieu, seul auteur de la nature et de la grâce. Jl remarque que, même en admettant l'hypothèse de quelques adversaires de la philosophie qui prétendent qu'elle vient immédiatement du démon, il faudrait toujours reconnaître que les vérités incontestables quelle contient et le bien qu'elle a produit remontent jusqu'à Dieu, principe nécessaire de toute vérité et de toute vertu ]. Le démon n'en serait, sous ce rapport, que la cause instrumentale et involontaire, et l'on devrait toujours la regarder comme un don de Dieu.
Clément ne se contente pas de venger Tordre naturel et de défendre la philosophie par la considération de son origine divine, il en relève de plus la dignité, en indiquant quel est, dans le plan divin, son rôle providentiel, quels sont ses rapports avec la révélation et Tordre surnaturel-.
« Strum. 1, 16 et 17 ;— V, 1, p. 050 ;— VU, 2, p. 832.