LIVRE II
logos purement passif et qui a besoin d'une intelligence qui l'appréhende. Vient ensuite le logos actif, mais communiqué : c'est le logos humain, qui dans ses manifestations est soumis à la loi des syllabes et dont la parole s'efface bientôt dans l'air, son milieu. Enfin le Logus par excellence (avTolôyoç), c'est le Verbe de Dieu qui se manifeste substantiellement en donnant aux créatures l'être et la stabilité \ »
Ces citations suffisent pour déterminer quel est, selon Clément et l'école d'Alexandrie, l'objet précis de la seconde faculté de l'âme. Cet objet n'est pas l'Etre pur, l'Etre simplement dit, mais l'Etre dans ses rapports avec tout ce qui, sans être lui, est cependant, comme le disait saint Paul à l'Aréopage, de lui, en lui et par lui.
Ainsi, le mode dont le logos atteint Dieu n'est pas, comme celui du nous, immédiat. Ce n'est plus Yemphase, mais la diaphase, qui consiste à entrevoir, à saisir les rapports du créé avec l' incréé, rapports de causalité et de dépendance, d'harmonie et d'unité.
L'exercice de cette faculté suppose donc, d'une part, l'idée de l'Etre absolu, idée que l'àme porte en elle-même et qu'elle saisit par la raison pure, et, d'autre part, la notion des existences contingentes, des non-êtres, comme s'exprime Clément, fournie par la perception sensible. Son caractère distinctif, son opération propre est de saisir les rapports de ces deux termes. « C'est elle, dit Clément, qui distingue surtout l'homme de la brute. Ce qui fait que la brute n'est qu'une brute, c'est qu'elle est sans logos. Elle voit le ciel ; on la dirait même saisie d'admiration à son aspect; mais, faute de logos, elle en reste là, sans pouvoir remonter à l'auteur de tant de merveilles °2. »
1 S. Athan. Contra Gentes, cité parle P. Speelman, 1. 1.
2 Coh. ad Gentes, \>. 84 : E'7rei 0-:ôv vovfrat //•/? àiivy.-rv.c, Amfêwpëvet fQu Kipj,
Les données du logos diffèrent de celles du nous en ce qu'elles sont complexes et synthétiques, au lieu d'être simples et indécomposables. Comme nous venons de le dire, elles ont deux éléments, un élément de raison pure, et un élément d'expérience. Sous ce rapport elles ont quelque analogie avec la nature humaine, à la fois intellectuelle et sensible, avec la pensée exprimée par la parole, avec le Verbe incarné, harmonie et synthèse de tout ce qui est.
Cette faculté est, comme le nous, naturelle et commune à tous les hommes et, par conséquent, l'homme n'est pas moins inexcusable quand il n'entend pas la voix de la nature qui lui parle de Dieu et le lui montre par di a phase, que lorsqu'il méconnaît la voix de sa conscience qui le lui manifeste au fond de son propre cœur.
On voit par là que Clément n'admettait pas dans l'homme une ignorance invincible de Dieu. Aussi accuset-il, comme saint Paul, les idolâtres d'être illogiques et de renoncer à leur raison, qui les fait hommes, en même temps qu'à leur dignité d'images de Dieu l.
Resterait maintenant à montrer ce que Clément entendait par la foi et la péri phase, troisième voie qu'il donne à l'âme pour s'élever naturellement vers Dieu. Mais ce! examen trouvera sa place dans le livre suivant, où noua traiterons plus spécialement de la foi, tant naturelle que surnaturelle.
Ce que nous venons de dire suffit pour établir qu'en dehors de l'enseignement extérieur de Dieu, qu'en dehors même de l'enseignement humain et du langage Clément admettait une source de connaissances, et pensait que l'homme trouve en lui-même et dans le spectacle du monde
1 Co)l6ft, <>d (ioilrs, p, SI.