LIVRE II
tiques des premiers siècles, et qui met éternellement en présence deux principes, l'un du bien, l'autre du mal, se combattant sans cesse, sans pouvoir se vaincre jamais, dans la nature et dans l'humanité. Contrairement à ce dualisme monstrueux , Clément établit que le mal , loin d'être divin et éternel, n'est qu'un pur accident ; que le seul vrai Dieu gouverne toute chose par sa Providence et fait servir le mal lui-même à l'accomplissement de ses desseins.
Faisant l'application de ces principes à la philosophie, Clément établit qu'elle n'est pas un fait isolé dans l'histoire qui se soit produit en dehors de l'action de la Providence. 11 est loin, dit-il, de vouloir la traiter, comme quelques-uns, de fille du démon ou d'enfant du hasard. La philosophie est un fait providentiel : elle fut pour les Grecs, comme la loi de Moïse pour les Juifs, une introduction à la religion chrétienne, une préparation évangélique, une leçon préliminaire à la foi dans le Médiateur \ « La philosophie, « dit-il, si elle ne peut embrasser toute l'étendue de la vé- « rite, si elle ne peut donner la force d'observer la loi du « Seigneur, la philosophie ne laisse pas que de préparer « l'âme à l'enseignement royal (au christianisme), en cor- « rigeant de son mieux le vice par la formation du sens « moral, et en disposant à la réception de la vérité par le « sentiment de la Providence 2. De même que Dieu a « voulu procurer le salut des Juifs en ; leur donnant des « prophètes, ainsi il a suscité des prophètes parmi les
* ËT:aiâcx.yûysi yocp xat ocùty] (vj fikoaofla) xb *E>Xyjv£xov ù$ b vô/ui.og rovç ?E§pxtovç dç XptGTÔv. (Strom. I, 5, p. 331.)
2 Strom. VI, 5, p. 761 : Ka.9ôn:ep louocclouç ao'iÇsadou -?i§où1sto b Qsbg roùç -ncof»2Tas oiiïoùç, o&tws xoà 'E^Xvjvwv toÙî iïo/.tp.ortv.Tous olxsious c/.ùtmv t»j âiocXsy.TO} itpoçjyjras àvaaTyjaag, ws oloi re >fcav ^sx^roct tvjv rra/sà &sou sùapysatav twv y}j§v.io)v dvQpùTitov Siexpivero. x. t. /,
« plus distingués d'entre les Grecs, et les a séparés du « vulgaire dans la mesure où ils étaient capables de coin- « prendre la bienfaisance divine. Ainsi Grecs et Juifs ont « été instruits par les testaments divers d'un seul et même « Seigneur. Est-ce que la rosée de la grâce divine ne « tombe pas également sur les justes et sur les pécheurs? « Ou bien, comme l'a dit excellemment le grand Apôtre, « le Seigneur est-il seulement le Dieu des Juifs, ne l'est- « il pas aussi des gentils? Assurément, il est aussi le Dieu « des gentils, puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu \ »
Gomme nous l'avons remarqué déjà, malgré la similitude qu'il établit entre l'Ancien Testament et la philosophie, Clément ne va pas jusqu'à les confondre. Il maintient une différence entre ces testaments divers, comme il les appelle. Mais en quoi diffèrent-ils? Est-ce en nature ou seulement en degré ?
A ne considérer que certaines expressions du docteur alexandrin, l'on pourrait en induire qu'il n'admettait pas de différence essentielle entre l'Ancien Testament et la philosophie. Ainsi, nous avons vu qu'il suppose que certains philosophes ont pu recevoir le don d'intelligence; il leur donne le nom de prophètes et une mission semblable à celle des prophètes du peuple de Dieu; il appelle en particulier Platon un homme inspire Enfin il déclare qu'avant la venue du Sauveur « la philosophie était nécessaire aux Grecs pour la justice 2. » Il semble qu'on ne peut dire plus clairement que la philosophie a une origine et mie lin surnaturelles, et que, par conséquent, il u\ a entre elle ei la
1 Strom. )', .5, [>. 05(3 : Tifo Oiiat yàoitoi o ^ît';..- i-i cuy.toji mù y. tTrunifiniTou, /. t. >.— CfvMatth. V, \'i . — Rom. III, --".». 30.
2 Strom. I, ."), |). 331 : llv npo Tijs :•/> /.. .nj TTSt^ffuai*j ît> dluuu I XXïJfJ y./y./Kuiy. ■rÙrJio:rLy..