LIVRE II
révélation mosaïque et prophétique qu'une différence de degré et non de nature.
Néanmoins, malgré ces expressions et quelques autres qu'on pourrait alléguer, il est certain que la doctrine de Clément, prise dans son ensemble, est contraire à cette conclusion. Remarquons d'abord que, lorsqu'il parle de l'Ancien Testament, notre savant docteur l'attribue à une intervention directe et immédiate de Dieu : « C'est le Verbe, dit-il, c'est le Précepteur divin qui apparut à Abraham et lui dit : Je suis ton Dieu, marche dans la justice devant moi (Gen., XVII, 1 sq.). C'est lui qui apparut également à Jacob pour l'instruire, l'exercer à la vertu, confirmer l'alliance qu'il avait faite avec ses pères, et lui donner un nom nouveau, après lui avoir révélé son propre nom *. »
Lorsque le Tout-Puissant voulut donner par son Verbe une loi à son peuple choisi, il manifesta sa puissance à Moïse en lui apparaissant dans le buisson ardent. Il le forma lui-même à être le précepteur et le conducteur des Hébreux 2. Car c'est par Moïse qu'il voulut instruire l'ancien peuple. L'Écriture dit en effet : La loi a été donnée par Moïse. Ce n'est pas Moïse qui en est l'auteur, mais le Verbe qui l'a fait connaître par Moïse, son serviteur 3. Le Verbe s'est donc manifesté dans le Décalogue ; il a donné ses commandements par Moïse et a montré aux Hébreux le modèle de la vraie philosophie 4.
C'est à ce même Verbe, « prophète des prophètes, arbitre et maître souverain de tout esprit prophétique 5, qui a tout
t Pœdag. I, 7, p. 131 sq. — Cf. Gen. XXXII, 24, 29, 30, eic
2 Ibid. II, 8, p. 215.
3 Ibid. I, 7, p. 133, 134.
4 Ibid. II, 4, p. 194;— II, 10, p. 224;— II, 11, p. 241. s Quis div. salv., 6, p. 939.
fait et sans lequel rien n'a été fait, que doit être attribuée la prophétie comme la loi '. Le Seigneur a parlé par les prophètes 2. Ainsi le Verbe, vraie source de sainteté et d'immortalité pour l'âme humaine, après nous avoir instruits par Moïse, a continué notre éducation par les prophètes 3. C'est lui-même qui parle par la bouche d'Isaïe, d'Élie et de tout le chœur prophétique 4. » Ces textes suffisent pour établir que Clément donnait à l'Ancien Testament une origine surnaturelle et le considérait comme le fruit d'une intervention personnelle de Dieu, d'une révélation extérieure, positive et immédiate du Verbe.
Il s'exprime tout différemment lorsqu'il parle de l'origine de la philosophie.
« Dieu, dit-il, est la cause de tous les biens, cause im- « médiate des uns, comme de l'Ancien et du Nouveau « Testament, cause indirecte des autres, comme de la « philosophie 5. » Ces paroles sont remarquables et établissent nettement, sous le rapport de l'origine, la différence mise par le docteur alexandrin entre le judaïsme et la philosophie grecque.
Clément signale une autre différence essentielle entre la connaissance de Dieu donnée par l'Ancien Testament et la connaissance de Dieu procurée par la philosophie. ■ Il n"\ « a, dit-il, qu'un seul et même Dieu, qui est connu par « les Juifs d'une manière juive, et par les gentils d'une « manière païenne 6. » Nous trouvons ailleurs l'explication de ces paroles.
i Strom. VI, 15, p. 803.
î Ibid. II, 16, p. 467 : *0 otà t&v Trpoprjfc-j XoXi}ffgcc xùpioç.
3 P.rdag. I, 11, p. 155.
k Cohort. adgcnt. I, p. 8.
5 Strom. I, 5, p. 33) : Kxri 7t/eoïjy«û/*fV8v— xat' éiroxoXoûfttyMt.
6 Ibid. VI, 5, p. 761 : 'O tlç xcà ftovot Hîô,- jzô psv 'EXXiivftn Wv« , \ouSoûuv îouoat'xôJi yivouxo^evoî.